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Au milieu des roses - ft. Jacob ♥



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    Au milieu des roses - ft. Jacob ♥ > le Jeu 12 Avr 2018, 19:21
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    La boutique de Cóemgen était bien calme en ce début de soirée, alors que les derniers rayons du soleil s'allongeaient à l'horizon. Il n'espérait déjà plus voir arriver un client. Il était entrain de nettoyer le rayon des plantes en pot d'où tombaient toujours quelques mottes de terres sur le carrelage blanc, lorsqu'il s'en occupait trop vite. Étrangement, il avait le sourire, bien que cela fut une journée tout à fait normale. Peut-être grâce au soleil, c'est vrai que cela ne faisait que quelques jours qu'il était de sortie.

    Au moment où il remettait en place un pot sur une étagère toute verte, il entendit la cloche annonçant l'arrivée d'un client sonner. Il en fut tout surpris, il était déjà plus de 19 heures après tout ! Peu de gens venaient aussi tard. Peut-être un curieux qui se demandait que faisait un fleuriste encore ouvert à cette heure-là, ou bien un jeune homme ayant rendez-vous et venant acheter quelque chose en dernière minute.

    Après avoir posé son balai derrière la caisse, il se mit à chercher le fameux client dans les rayons, qui mine de rien étaient assez haut. Il se trouva alors nez à nez avec un grand mec, tout au milieu des roses multicolores - le rayon préféré de Cóemgen.

    - Bonjour monsieur ! Puis-je vous aider ? L'accosta-t-il en essuyant ses mains sur son tablier. Il n'aimait pas trop interroger les clients de cette manière, de peur de les brusquer, alors il le faisait toujours avec un grand sourire, qui, il l'espérait, effaçait un peu la noirceur de ses cernes.
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    Re: Au milieu des roses - ft. Jacob ♥ > le Sam 14 Avr 2018, 16:05
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    Quelle putain de journée. Heureusement, elle touche à sa fin – si on peut seulement appeler ça une fin. En fait, pour moi, tout commence à peine. A vivre la nuit, on confond vite les heures et les rayons du soleil sont parfois trop violents pour des yeux comme les miens, bien plus habitués aux lumières tamisées d’un petit bureau que celles d’un astre naturel.

    Alors, là, je me sens complètement déphasé, peut-être à cause des heures de sommeil approximatives que j’ai réussi à récupérer çà et là depuis ce matin, jusqu’à ce que la bougeotte me prenne et pousse mes grandes jambes à sortir de mon appartement.
    Ce qui est marrant, c’est que j’ai jamais aimé être dehors. Le monde, le bruit, la pollution, ça me donne vite le tournis. Mais ici tout a une couleur et un goût différent, comme si mon corps était  parfois plus léger et que je pouvais me permettre de m’aventurer en terre inconnue. Sûrement parce qu’il y a plus de verdure qu’à Denver - ça, on ne peut en douter-  et beaucoup moins de cons dans les rues aussi. Résultat, il m’arrive de me surprendre à flâner dans les parcs avant d’aller au boulot, comme n’importe quel badaud débile. Le pire là-dedans est que j’apprécie vraiment ça.
    Généralement, le soir est le meilleur moment: c'est celui où les commerces se vident, où les passants sont trop pressés pour relever la tête vers moi et préfèrent la laisser enfoncée dans leurs pensées. Je peux enfin respirer.

    J’ai jamais connu les petites villes, et la proximité des habitants ici me fascine. Leur vie a l’air tellement simple et leurs conversations si fluides que j’envie leur capacité à tisser des liens avec tant de spontanéité. J’aimerais me dire que je pourrais finir comme eux un jour mais une petite voix dans ma tête ricane. Cours toujours, mon vieux.
    Je suis bien trop flippé du contact humain pour être aussi sincère.


    Quand je reviens à moi, l’esprit encore embrumé de pensées brouillonnes, c’est une explosion de couleurs qui s’offre à moi. Je ne peux m’empêcher de retenir mon souffle une seconde.
    La vache, c’est vraiment beau.

    Derrière une vitrine rutilante de propreté se dévoile gracieusement une multitude de plantes aux noms divers et variés –dont je n’ai d’ailleurs pas la moindre idée. Des couleurs chatoyantes à d’autres, plus sobres, toutes semblent miroiter devant moi et, littéralement, j'en prends plein les yeux.
    On a souvent entendu que les fleurs, c’était une histoire de nana ou de grand-mère un peu esseulée, et je me suis toujours lâchement rangé derrière l’avis des bruits de couloir. Alors pourquoi ai-je tellement envie de pousser la porte de cette petite boutique, soigneusement arrangée pour plaire aux promeneurs ?

    Le truc, c’est que j’ai toujours été un mec curieux. Un peu trop, si vous voulez mon avis.

    Enfin, le fait est que, maintenant, je suis là, planté (notons le jeu de mot) comme un demeuré au milieu des roses et les yeux brillants devant trois pauvres fleurs, comme si j’avais jamais mis le nez hors de ma tanière. Bon, c’est un peu vrai, d’accord. J’ai jamais eu l’occasion de voir beaucoup de fleurs dans ma vie, hormis celles que les gens apportaient à l’hôpital ou ces autres qui traînaient, à moitié dépéris, sur des tombes. Et puis chez nous, on n’était pas très bouquet décoratif non plus.

    — Bonjour monsieur ! Puis-je vous aider ?

    Une voix masculine raisonne à mes côtés, et malgré le ton particulièrement cordial qui est employé, je ne peux m'empêcher de sursauter. Je me retourne plus vivement que ce que j'aurais voulu vers mon interlocuteur, l'air probablement un peu trop surpris de le voir là. Je me maudis intérieurement. Sérieusement, Jac, y'a quoi d'étonnant à voir un fleuriste dans une telle boutique ?

    Le magasin a d'ailleurs l'air désert, ce qui explique son intérêt pour moi. J'dois être le dernier des pommés à me pointer ici à une heure pareille, même si le sourire poli qu'il affiche veut me faire croire le contraire.
    Bon, ok. Il m'a posé une question. Maintenant, sourire, pondre une excuse potable pour demander à en savoir plus sur son magasin, sur ses fleurs, et partir. C'est simple.

    — Non ça va. je grommelle d'une voix dure, que je regrette déjà.

    Raté.

    Je détourne le regard de ses yeux verts, déjà trop embarrassé par ma rudesse, et les pose sur un immense vase dans lequel semblent se plaire de belles roses charnues. Elles m'ont presque l'air plus grosses que les autres, et leurs feuilles semblent plus sombres. Elles ont aussi l'air d'avantage abîmées, comme si elles étaient les rebuts des autres bouquets, parfaits et uniformes. Pourtant, je les trouve d'autant plus belles.
    Avant de laisser un silence embarrassant s'installer, je reprends maladroitement la parole, désignant du menton le vrac de roses sur lequel je venais de lorgner.

    — Je, mh, j'voudrais bien voir ça là. 'Fin, les fleurs. J'aimerais bien en savoir plus... Je laisse traîner une voix pâteuse dans les airs une seconde, fuyant le regard du fleuriste alors que ma grande main vient se ficher dans les mèches colorées qui tombent mollement sur ma nuque, comme chaque fois que la gêne me prend. Je reprends en un murmure. S'il vous plait.

    Ok, super. Maintenant, j'ai l'air du roi des cons et le pauvre va sûrement regretter de ne pas être resté assis à son comptoir, en attendant que je reprenne gentiment ma route.



    ima bad bitchhh
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    Re: Au milieu des roses - ft. Jacob ♥ > le Sam 05 Mai 2018, 00:41
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    Papa Meilland, Meicesar


    Il fallait qu'il l'avoue, quand il se rendait dans un magasin quelconque, Cóemgen n'aimait pas qu'on l'accoste. En étant lui-même commerçant, il savait pourtant que ce geste était purement professionnel, que souvent il mettait le client en confiance et lui facilitait la tâche dans ses achats. Mais bien souvent, lorsqu'il entrait dans une boutique ce n'était que pour regarder et il avait bien honte de répondre négativement aux sollicitations des vendeurs. À regarder et à toucher à tout dans un magasin, sans même avoir l'intention d'acheter quelque chose, il se sentait illégitime. Il avait du mal à mettre ses clients dans le même inconfort qu'il ressentait dans ces situations.

    Mais il se forçait de plus en plus à faire le premier pas vers les clients, l'expérience aidant, pour se montrer serviable. Malgré tout, la réponse qu'il obtint du dernier client de ce soir vint rajouter une épine douloureuse à la liste de ses expériences traumatisantes, tant le ton employé avait été sec, sans politesse. Le brun pardonnait toujours l'absence d'un remerciement, sachant très bien qu'un oubli ce n'est pas mort d'homme, tout comme il pouvait faire abstraction d'un manque de sourire dans ses bons jours, quand il se disait que les gens pouvaient simplement être absorbés par leurs pensées ; mais se voir retourner un marmonnement glacial, c'était plutôt décourageant.

    Il avait bien vu qu'il l'avait surpris, mais de là à se fermer autant, c'est tout un monde. Ce jeune homme aux cheveux bleus n'allait pas le cambrioler quand même, il pourrait se montrer plus aimable, inutile de montrer les crocs. Tandis qu'il portait son attention aux fleurs, les yeux verts de Cóemgen se défaisaient de leur lueur joyeuse, replongeant dans leur fatigue soulignée. Ses épaules s'affaissèrent un peu, il faillit rebrousser chemin pour laisser le jeune homme repartir tranquillement, seulement sa demande l'en empêcha. Le courage lui manquait presque pour répondre, il se fit violence pour ne pas prendre ses jambes à son cou. En plus elle n'avait pas été formulée avec beaucoup plus d'amabilité que la réponse précédente, si ce n'est qu'un "s'il vous plait" rendait le tout moins impoli.

    Les Papa Meilland. Quelle maladresse. S'il y avait bien une fleur sur laquelle il aurait voulu éviter de s'épancher c'était bien celle-ci. Il s'approcha des roses dans leur vase isolées pour se donner contenance, ses doigts filant bientôt sur les pétales de velours des fleurs datant de la veille. Il ne regardait pas le client, parlait presque pour lui-même, grave erreur commerciale mais il n'était plus à ça près pour ce soir.

    - Ce sont des Meicesar, une variété de Papa Meilland. C'est la variété qui a été élue rosier du siècle. Voyez les reflets bleutés à l'aspect du velours sur les pétales pourpres, en plus de leur parfum entêtant c'est ce qui fait leur beauté. Mais celles-ci sont abîmées, elles sont d'hier et je les ai cultivées dans mon jardin personnel alors elles ont pris la pluie de ce matin. Je les ai cueillies un peu in extremis...

    Ses doigts experts caressaient toujours les pétales délicats des roses. Il plongea ses mains de part et d'autre du bouquet et manipula les tiges d'un geste habitué pour redonner un peu de forme à la composition, qui n'en était pas réellement une, sans se piquer. Un soupir léger s'échappa discrètement de son nez quand il se tourna à nouveau vers le client avec un demi-sourire poli. Puis le froid se fit à nouveau sur son visage et il esquissa un pas pour le laisser regarder tout en arrangeant un autre bouquet, deux trois places plus loin. Les Meicesar étaient encore jolies mais leur parfum déjà trop prononcé et leur durée de vie, même dans un vase rempli d'eau, s'annonçait courte. Il ne comptait plus les vendre. De toute façon, vu la mine du jeune homme, il avait formulé la demande pour dire quelque chose et il repartirait dans quelques secondes.

    - Vous pouvez toucher, sentir... si ça vous dit quand même. Mais les autres fleurs se tiendront mieux dans un bouquet. Elles seront plus fraîches. Se risqua-t-il quand même, dans l'espoir de rendre curieux, sinon attentif.
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    Re: Au milieu des roses - ft. Jacob ♥ > le Sam 09 Juin 2018, 14:32
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    L’espace d’un instant, Jacob eut envie de disparaître. Sûrement à cause de l’air sombre qu’avait pris le fleuriste en entendant son ton mordant ou devant son pauvre sourire triste – grimaçe que luimême n’avait que trop souvent arboré. L’espace d’un instant, il s’en voulut sincèrement d’infliger sa mauvaise humeur à ce jeune homme qui, à première vue, avait tout l’air de quelqu’un de charmant. Sans doute était-il simplement trop charmant pour le pauvre gamin perdu qu’était Jacob.

    Le jeune homme aux mèches bleutés poussa un soupir lourd de sens en sentant le poids de la culpabilité affaisser ses épaules une nouvelle fois. Il avait beau ne jamais afficher le moindre remord lorsque ses paroles dépassaient sa pensée, il ne pouvait pas ignorer les agitations de sa conscience, qu'il muselait la plupart du temps, qui se tordait dans tous les sens dès lors qu'il se comportait comme un connard de première.  Et cela avait été le cas aujourd'hui : il aboyait sur un pauvre type sans raison, pauvre type dont la seule erreur avait été de se montrer courtois.


    Alors que le gérant de la boutique lui avait poliment dressé le portrait des fleurs sur lesquelles Jacob avait choisit, au début un peu par hasard, de porter son attention, il s’étonna du réel intérêt que suscitaient ces roses en lui. Etait-ce parce qu’elles avaient tout de rebuts non désirés, à qui l’on avait charitablement offert une seconde chance, qu’il identifiait sa vie minable à celle, éphémère, des Papa Meilland ? Il fut frappé d’une certaine gratitude à l’idée que le fleuriste ait pris la peine de les sauver de ce triste destin. Il avait véritablement l’air de quelqu’un de passionné, en témoignait la profondeur de sa voix lorsqu’il évoquait sa culture personnelle de fleurs.
    Jacob n’avait que très peu connu la passion, la sienne lui ayant brûlé les ailes, et celle du brun l’intriguait.

    En fait, il n’y avait pas que son air absorbé qui titillait la curiosité du jeune infirmer. Ses doigts, d’une finesse rarement observée, couraient si savamment entre les tiges, maniant les pétales avec un délicieux mélange de délicatesse et de maîtrise, d’une façon telle que Jacob ne pu en détacher le regard. La scène qui mêlait le rouge velouté des roses à ces mains élégantes lui paru presque suggestive dans l’antre silencieuse de la boutique, vide de toute nuisance sonore à l’exception de la respiration des deux jeunes hommes et des quelques soupirs las que l'un ou l'autre poussait parfois.


    Il se trouva si étrangement absorbé par les gestes d’une douceur démesurée du fleuriste  qu’il failli en avoir honte, jusqu’à ce que ce dernier daigne enfin relever le menton vers lui. A ce moment, coupable de l’avoir trop épié, Jacob préféra reporter son regard sur les fleurs que sur ses grands yeux verts.

    — Vous pouvez toucher, sentir... si ça vous dit quand même. Mais les autres fleurs se tiendront mieux dans un bouquet. Elles seront plus fraîches. Avait même proposé son interlocuteur d’une voix qui l’invitait à se rattraper.

    Mais Jacob avait-il seulement envie de se rattraper ? Son inexplicable fascination quelques instants plus tôt lui soufflait des encouragements non négligeables, tandis que sa raison lui criait de foutre le camp. Après tout, il n'avait rien à faire ici, ce n'était pas son monde.


    Mais malgré ses suppliques mentales, le jeune homme se vit bouger.
    Il sentit son corps se mouvoir, presque animé par une force supérieure à la sienne, jusqu’à frôler le fleuriste au passage, qui s’était écarté pour lui accorder le passage. Il ne l’avait pas touché, ni même effleuré, mais il avait sentis l’air soulevé par ses mouvements venir chatouiller quelques-uns de ses cheveux bruns.
    Se dressant de toute sa longueur devant le large bac, il se vit aussi obnubilé par les grandes pétales d’un rouge réconfortant qui semblaient l’attendre, arborant presque fièrement leurs imperfections dues aux intempéries, que par le souvenir des doigts qui les avaient amoureusement caressées.

    — Papa Meilland hein, il répéta pour lui-même dans un murmure, afin se souvenir de ce que le vendeur lui avait expliqué. Jacob voulait être certain de reconnaître cette variété dès qu’il en croiserait par la suite.

    Il se permis de saisir l’une d’entre elles entre ses doigts maladroits, qui hésitaient à exercer la moindre pression sur la tige de peur de rompre sa beauté fragile. Alors qu’il portait la fleur à son visage d’un geste incertain, Jacob ne pu s’empêcher de se sentir soulagé de se tenir de dos, de sorte à ce que le vendeur ne puisse pas clairement distinguer ce qu’il trafiquait avec ses fleurs. Et puis, ça lui évitait aussi de passer pour un sentimental à deux balles qui inspirait timidement le parfum de sa première rose.

    Il avait eu raison de souligner leur parfum entêtant, car Jacob fut réellement surpris de découvrir une telle force en humant les pétales. Les premières effluves l’avaient enveloppé si sensuellement qu’il s’était demandé s’il n’avait pas un sérieux problème, quelque chose qui le poussait à attribuer à tout ce qu’il voyait ou touchait des propriétés aphrodisiaque. Puis s’était ensuite dégagé une odeur plus tenace, mais pas moins délicate, aux notes poivrées, qui avaient enivré le jeune homme.
    Jacob avait toujours été particulièrement sensible aux odeurs, mais il ne s’était paradoxalement jamais épanché sur les effluves des fleurs dans les jardins -il n’en avait surtout jamais ressenti ni l’envie ni le besoin. Mais maintenant qu’il assistait à tout ce que cela pouvait provoquer, il se sentait plutôt con et ignorant.


    Sûrement dû à quelque regret de n’avoir jamais goûté à ce plaisir auparavant, il sembla retrouver la parole et eut brusquement envie de défendre le terrible objet de ses émois. Il regarda le jeune homme, qui n’osait probablement plus lui demander quoi que ce soit, sans détours cette fois. Maintenant qu’il le voyait vraiment, Jacob se dit qu’il était plutôt plaisant à regarder, pour un fleuriste.  

    — En fait, je trouve ça débile. Déclara-t-il de but en blanc, fronçant les sourcils plus de perplexité que de réel mécontentement, bien que sa voix gagnait en fermeté à mesure qu’il parla. Pourquoi faire un bouquet avec des fleurs qui se tiennent encore ? Avez-vous trop peur qu’elles n’intéressent pas vos clients, il releva son bras qui tenait encore la rose en avançant vers le brun, qu’elles soient trop sales ou trop solitaires pour eux ?

    Le jeune homme avait franchi la distance qui le séparait de son interlocuteur, profitant maintenant de la hauteur que sa taille lui offrait pour lui couler un regard accusateur, beaucoup trop chargé d’émotion pour n’évoquer que le seul traitement des roses. Il en faisait trop pour un simple client qui souhaitait discuter de quel ornement était, selon lui, le plus justifié.
    Avant même qu’il ne puisse rebrancher son cerveau, il poursuivit, sans hausser la voix aucunement mais toujours avec ce ton désapprobateur qui rendait sa voix grave un peu plus ferme encore.

    — En fait, je pense que vous les cachez, et ça ça craint. Vous les sauvez pour finalement me refourguer vos belles petites plantes toutes proprettes, c’est pas juste.

    Jacob se racla la gorge subitement, semblant se raviser à poursuivre sa drôle de tirade. Il s’était emporté, il le savait. Il tenta d’ailleurs de se convaincre que le rouge qui assaillait ses joues et brûlait désormais sa peau était passé inaperçu, comptant sur le fait que l'homme à qui il faisait face serait probablement trop professionnel pour s’occuper de l’état d’âme de ses clients. Il le fallait, car cette preuve bien visible de son embrassas ne ferait qu'invalider le ton bourru qu'il utilisait, seul bouclier pour protéger son émotivité flagrante.



    hrp : te l'ai déjà dit mon chou, mais sorry again pour le brusque changement de personne, je resterai à la 3ème maintenant, et sorry aussi pour le retard lol tmtc ♥️


    ima bad bitchhh
    × écrit en slateblue
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    Re: Au milieu des roses - ft. Jacob ♥ > le Sam 09 Juin 2018, 19:59
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    Même s'il faisait mine de les ignorer, Cóemgen avait perçu les soupirs du client, qu'il interprétait comme une nouvelle forme de mécontentement. Il ne comprenait pas pourquoi, si le fait d'être questionné et conseillé par un vendeur lui déplaisait tant, ce jeune homme s'était entêté à entrer dans sa boutique. L'Antre des Roses était un magasin de quartier, l'on attendait de son fleuriste qu'il soit accueillant, chaleureux, de bon conseil et souriant, du moins c'est ce que souhaitaient les autres clients. Dès lors, le brun ne comprenait pas ce que pouvait bien lui reprocher l'homme aux cheveux bleutés. Peut-être était-il de ces personnes qui aiment être désagréables ? Ou alors était-il d'une si mauvaise humeur qu'il avait besoin d'en essuyer son agacement sur un inconnu un peu trop souriant ? Car pour une fois parmi tant d'autres, Cóemgen n'avait pas forcé son sourire tout au long de la journée, se ravissant des rayons doux du soleil de printemps sans s'occuper de la soirée ou du lendemain, sans laisser ses pensées assombrir son visage. Pourtant, comme si la vie était là pour lui rappeler qu'une accalmie n'est que temporaire, ce dernier client avait balayé toute sincérité de son visage, lui faisant revêtir ce même masque fade qu'il abhorrait généralement à longueur de temps.

    Jusqu'à ce que ses doigts touchent les pétales d'une fleur. Cela faisait partie des rares moments où le brun respirait pleinement. Là encore, même s'il sentait le regard lourd du jeune homme sur ses mains, lui qui les fixait presque jusqu'à rendre ses gestes pesants et maladroits, il finit par ne plus sentir cette honte et cette gêne qui lui soufflaient de vérifier si son regard était assassin ou curieux, par oublier jusqu'à sa présence-même, si ce n'était pour finir la présentation des roses.

    Cóemgen avait oublié à quel point les hommes pouvaient être froids. Son client passa devant lui sans un mot et sans un regard, se dirigeant vers les fleurs sans se soucier de commenter son discours. L'air soufflé par son déplacement fut perçu comme un courant frais, froid – comme sa personne – venant glacer son timide enthousiasme et souffler définitivement ses derniers efforts. Il frissonna de déception et de frustration, plongeant ses doigts dans la terre humide d'un pot de roses orangées comme si leur couleur pouvait lui transmettre la chaleur dont il manquait cruellement. Les hommes sont des créatures remarquables, pensa-t-il en caressant une épine du bout du doigt, pouvant être si magnifiques mais tellement dénués de douceur. Les roses, elles, abhorraient sans pudeur leurs dizaines d'épines acérées mais dévoilaient également leur cœur tendre et duveteux, d'une douceur inouïe. À côté, cet homme soufflait un air glacial sans même prendre la peine de voiler son cœur de pierre. Pourtant, Cóemgen l'avait trouvé vraiment charmant. Il rêvait qu'un jour la chaleur et la douceur s'élève d'un corps semblable au sien, mais la juxtaposition de cet individu près des roses lui criait à quel point ce mirage était fragile.

    Il tenta de détendre sa mâchoire en fixant de son regard peiné et vide le tissu ample de son T-Shirt sur son dos long et fin. Il aurait préféré pouvoir vérifier qu’il n’abîmait pas les Meicesar, que ses doigts, qu’il s’imagina, pour une raison obscure, bourrus et tordus, imprécis et terriblement froids, n’avaient pas l’indécence de les pourrir. Mais il ne pouvait que promener son regard sur la grandeur de sa silhouette et entendre ses marmonnements agacés qui lui donnèrent mal au ventre. Cóemgen pouvait très bien se figurer son visage – si fin pourtant – grimacer après avoir senti de près ou de loin le parfum entêtant des roses, il ne l’imaginait pas capable d’apprécier leur odeur, tout comme il ne le pensait pas capable de sentir le velours de leurs pétales cramoisis. Le visiteur indésiré aurait éventuellement la curiosité de porter une rose à son nez puis la reposerait avec une moue dubitative.

    En réalité, quand son visiteur se retourna, Cóemgen découvrit avec une certaine appréhension qu’il n’avait pas lâché sa fleur. Les premiers mots qu’il prononça lui provoquèrent une nouvelle sueur froide et son regard un instant se teinta d’une lueur assassine comme il en affichait rarement. Cóemgen ne se mettait jamais en colère, presque rien ne savait le sortir de ses gonds mais il n’appréciait pas que l’on critique son travail. Ses fleurs. Il ne comprenait pas qu’on le traite de débile, voilà bien une chose qu’il n’était pas. Au lieu de s’en apitoyer, devant cette grande perche il garda un visage fermé, mauvaisement fermé. Comme il pouvait paraître hautain avec ce visage.

    Malgré toute la volonté du monde, il esquissa un geste de recul en le voyant s’approcher, frôlant la peur, fixant la main du jeune homme tenant la rose. Celle-ci d’ailleurs attira son attention et ses traits, s’ils ne s’adoucirent pas, se détendirent du moins. Il n’avait pas les mains bourrues et tordues. Ses doigts étaient remarquablement fins et longs, surtout très blancs. Frappé par leur délicatesse, il regretta finalement qu’une telle silhouette puisse être si froide – agressive maintenant. Un lent mouvement de pendule entre son visage et la rose agitait ses prunelles et il saisit la fleur entre le pédoncule et le réceptacle pour l’extirper doucement mais fermement de ses doigts ; il n‘avouerait pour rien au monde que la fleur était si belle dans sa grande main. Il sentit une légère résistance et avait surement rayé la peau fine du grand dadais avec une épine mais il ne s’en soucia pas et se détourna.

    - Vous savez, si vous préférez les Meicesar abîmées aux autres fleurs, il suffit de me le dire.

    Dans un geste nerveux, il justifia la position de ses lunettes sur son nez avant de replacer la rose avec ses jumelles. Il hésita un instant puis lui envoya un regard apaisé sous ses sourcils pourtant froncés.

    - Les Papa Meilland sont des roses majestueuses. Même impeccables il faut leur donner une place particulière dans une composition pour les sublimer.

    Sa voix, qu’il avait voulu suffisante pour le faire descendre après son coup de gueule, avait malgré lui revêtu le calme et la faible douceur de sa mélancolie habituelle. À chaud, il l’aurait pris de haut mais la blancheur laiteuse de ses doigts autour de la tige ne quittait pas sa pensée et ce souvenir l’attendrissait à son plus grand désarroi.

    - Un arrangement centré autour d’une rose abîmée ne saurait plaire à tout le monde. Je pourrais vendre un bouquet de Meicesar égalisé mais le velours sonne très vintage. Je ne pense pas que c’est ce que mes clients d’aujourd’hui recherchaient et je ne pense pas non plus que c’est ce que vous recherchez.

    Une pointe de jugement hâtif ponctuait son discours mais il ne s’en rendit pas compte. Il essayait d’imaginer ce que le jeune homme trouvait bien à ces roses mais il peinait encore une fois à déceler ne serait-ce que la raison sa présence ici. Les quelques phrases qu’il avait crachées semblaient pourtant témoigner un certain intérêt pour les fleurs inégales, pour celles qui ont vécu et qui ne demandent qu’à être chouchoutées pour leurs dernières heures. Cóemgen aurait été si touché par une telle intention si elle avait été formulée autrement. Soudainement fatigué, il ne rêvait que de le voir partir pour espérer apaiser la peine qui lui brûlait les tripes après un accrochage aussi injustifié qu’inexplicable.

    - Alors, que puis-je faire d’autre pour vous ? Si ce sont les Papa Meilland que vous voulez vraiment, prenez-les.

    On aurait dit qu’il n’attendait pas de réponse, comme incitant l’homme à repartir avec autant de Papa Meilland qu’il voulait tant qu’il le laissait tranquille. Le brun espérait simplement qu’il en prenne soin. N’y tenant plus, il marmonna, le regard ailleurs.

    - Si vous avez besoin de moi, je suis à la caisse.

    Il traîna des pattes vers l’allée centrale.


    hrp : tkt voilà tu changes de rédaction moi je change de mise en page ♥️
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    Re: Au milieu des roses - ft. Jacob ♥ > le Sam 09 Juin 2018, 23:57
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    Jacob s’était senti con une première fois, lorsque le brun lui avait sèchement arraché la rose des doigts sans lui demander son reste. Il avait l’impression d’être puni, et un pincement dans le creux de sa main était venu confirmer cette théorie. Cependant, rien sur le visage du grand jeune homme ne trahit la légère douleur qu’il ressentit à cet instant, lorsqu’une épine vint mordre sa peau au passage, laissant sur sa paume une mince coupure d’où perlait les premières gouttelettes rouges.

    Il s'était ensuite senti doublement con à l’entente de la première remontrance du jeune homme, qui tournait son petit énervement au ridicule. Evidemment qu’il aurait pu le dire simplement, mais Jacob avait en réalité bien trop peur de revêtir son rôle de pauvre inculte des quartiers pauvres pour lui demander les choses explicitement. Certes, il n’avait rien d’un ignare et avait même passé la majeure partie de sa jeunesse à étudier sans s’accorder le moindre répis pour parvenir à maîtriser les bases de la médecine. Mais, dès qu’il ne s’agissait plus de science exacte ni de bouquins muets, il ne savait rien des véritables choses de la vie et n'était pas capable de pas gérer la moindre conversation, prétextant pour sa défense la présence d’un trop grand nombre d’inconnus à l’équation.  

    Puis, il s'avéra d’autant plus accablé à l’entente d’une certaine douceur dans la voix du gérant, qui lui montrait une nouvelle fois la monstrueuse différence de civilité qui les séparaient. Si Jacob n’avait pas su mettre les formes, le fleuriste semblait, lui, redoubler d’efforts pour traiter son client avec un minimum de tact –alors que celui-ci critiquait pourtant ouvertement ses méthodes.  Il lui avait donné une explication rationnelle alors même que ses critiques avaient toutes été plus infondées les unes que les autres. Néanmoins, le fleuriste se méprenait sur les intentions de son client à la crinière bleuté, et même si son apparence lui conférait cet air de jeune homme blasé qui vivait en son temps, Jacob aima l’idée d’une composition qui mettrait en valeur les fameuses Papa Meilland. Non pas qu’il raffolait particulièrement du style retro – il évitait même autant que possible la nostalgie des temps passés, qui le replongeait bien trop vite dans des les méandres de souvenirs dont il ne voulait plus - , mais ces fleurs dégageaient une aura mystique qui l’intéressait bien plus que n’importe quelle autre bouquet dans l’aire du temps.

    Mais en fait, Jacob s’était réellement trouvé ridicule lorsque le fleuriste le congédia poliment. Il lui avait montré, avec une remarquable maîtrise des mots, qu’il l’avait assez importuné pour le moment, et que s’il n’avait rien d’autre d’abject à lancer gratuitement, il l’invitait à quitter les lieux. Et le pire fut qu’il avait dit tout ça avec une retenue telle que Jacob n’avait même pas eu le loisir de s’énerver.
    A la place, il se sentait réellement con, et plutôt quatre fois qu’une, devant l’abandon qu’il avait finalement provoqué.  


    Décidément, en plus de tout faire de travers, Jacob semblait s’être frotté au mauvais type : il aurait mille fois préféré essuyer un direct du droit en pleine mâchoire que de subir l’affect du jeune homme. Il lui avait clairement montré son irritation, maniant un ton de remontrance tel que l’infirmier s’était senti comme un enfant grondé. Il fallait dire que le fleuriste avait ce quelque chose de respectable dans la voix, un air sage qui ne demandait qu’à être écouté – ou peut-être était-ce ses lunettes qui lui prêtaient son intellectualité. En tout cas, ce charisme humble et feutré était la principale raison pour laquelle Jacob n’avait pas été foutu de prononcer le moindre mot alors qu’il lui faisait la leçon. Mais surtout, il s’avait qu’il l’avait mérité.

    D'ailleurs, puisqu'il avait  justement cherché à l’éloigner, pourquoi se sentait-il désormais si alarmé à l’idée d’avoir blessé ce jeune homme lorsqu'il vit celui ci tourner les talons ? Ce n’était ni dernier, ni le premier à se voir touché par sa sécheresse, mais tout de même.
    Jacob laissa traîner un regard morne sur la silhouette frêle qui lui tournait le dos, et il fut alors frappé par un drôle de sentiment. Il était confus, assailli par une mêlasse désagréable de honte, de peine, et une irrépressible envie de le retenir. C’était nouveau, et par conséquent particulièrement angoissant. Pourquoi diable voulait-il se faire pardonner, lui qui n’avait jamais ressenti ce besoin auparavant ? Après tout, il avait fallu que sa propre sœur se retrouve évanouie dans ses bras à la suite de sa première tentative de suicide pour qu’il daigne lui présenter des excuses. Ce type n’était qu’un parfait inconnu, Jacob aurait très bien pu poursuivre son chemin, quitter cette boutique de malheur et s’acheter des foutus Papa Meilland ailleurs.

    Le jeune homme esquissa alors un mouvement vers la sortie, mais le souvenir de deux grands yeux émeraude, dont la protection offerte par le verre de ses lunettes ne parvenait pas à masquer le voile de tristesse et de mélancolie qui les avaient recouverts. S’il avait été dans une autre situation, Jacob aurait ri de sa propre faiblesse - mais il était là et tout ceci n’avait plus rien de drôle.
    Il devait se rendre à l’évidence : il ne supportait pas l’idée d’infliger une telle tristesse à quelqu’un d’aussi doux que ce satané fleuriste.


    Alors, Jacob s’était dirigé vers lui. Le brun n’avait pas encore regagné son poste, comme il le lui avait annoncé, et de nouveau la culpabilité serra le cœur du jeune homme. Il semblait désormais si dépité alors que, quelques minutes plus tôt alors que lui-même pénétrait dans la boutique, il avait l’air plutôt enjoué. Pas euphorique, mais relativement  heureux. Jacob estima alors que ce n’était pas parce que lui-même était d’une humeur terrible qu’il devait l’imposer aux êtres qui respiraient le même air que lui.

    Dans l’espoir de le rattraper, il posa sa grande main sur l’épaule du jeune homme. Il l’avait délibérément touché avec tout ce qu’il pouvait donner de délicatesse, de peur de le voir définitivement le foutre à la forte ou appeler la police. Il ne voulait plus lui donner envie de se méfier de lui, sans vraiment comprendre pourquoi d’ailleur. Une petite partie de lui tentait de protéger la sensibilité qu’il avait remarqué chez fleuriste, même s’il fallait pour ce faire la protéger de lui-même.

    « Ecoute vieux… il s’était adressé au jeune homme d’une voix posée, et avec une familiarité qui semblait très malvenue au regard du très mauvais départ de leur conversation. Mais Jacob avait besoin de cette impertinence pour se donner le courage nécessaire pour poursuivre, et de toute façon, l’autre semblait avoir un âge assez proche du sien pour jeter ce vouvoiement qu’il détestait aux oubliettes. J’ai merdé pas vrai ?


    Il avait posé la question sans réelle intention de le laisser répondre – ils savaient tous deux la réponse. Son regard s’accrochant un peu partout autour du beau brun sauf sur lui, Jacob se gratta la nuque, l’ébauche d’un sourire piteux étirant avec peine la commissure de ses lèvres.

    — En fait, je fais toujours ça…Dire n’importe quoi, j’veux dire. C’est pas ta faute, il m’arrive d’être un peu con.

    Il releva ses perles bleu sur le fleuriste, qui semblait au moins l’écouter, sans pour autant réagir. Il lui faudrait sans doute un peu plus que l’euphémisme que Jacob venait de lui servir. Pour une fois dans sa pauvre vie, celui-ci devrait faire un peu plus d’efforts.
    Il s’éclaircit la gorge pour se donner une contenance, la main toujours fixée à sa nuque. Là, il semblait vraiment embarrassé.

    — Ok, bon, j’ai été très con même. Le truc, c’est que… il hésita un moment, cherchant ses mots, tandis que sa voix perdait de son ironie. Tu vois, j’ai jamais vraiment vu de choses pareilles, les roses, tout ça. C’est pas mon truc, je viens pas d’ici et, chez moi, c’était pas trop le genre à aller acheter des fleurs pour le repas du dimanche.

    L’infirmier se perdait dans ses propres explications, incertain dans ses choix de mots autant que dans celui de l’attitude à adopter. Le brun à qui il faisait face le perturbait vraiment, lui le grand mec qui était supposé se foutre de tout. Ses pupilles semblaient le sonder alors qu’il peinait à sortir une phrase après l’autre. Son visage respirait quelque chose de tendre qui invitait Jacob à se confier, sûrement un peu trop selon ce dernier, mais à ce stade il n’y pouvait plus rien. Il pris une ample inspiration avant de soupirer, tentant vainement de conclure.

    — J’ai vraiment beaucoup aimé les Papa Meilland. Tu vois, j’ai l’impression que… Qu’elles ont plus de trucs à dire que les autres… Qu’elles ont plus vécu. C’est comme si elles avaient tout traversé, et que même après ça elles étaient encore là, même plus belles encore avec leurs cicatrices. C'est pour ça que, hm, je pensais qu'elles valaient mieux que les autres, en quelque sorte.

    Le jeune homme hésita avant de continuer, lâchant enfin sa nuque sur laquelle il avait  probablement laissé le souvenir des quelques gouttes de sang qui avaient perlé sur sa main. Mais à ce moment là, il se concentrait uniquement sur le regard dans lequel il eut l'impression de s’enfoncer chaque minute un peu plus.

    — Mais ça c'était avant que tu me rabattes le clapet avec tes connaissances. Jacob étouffa un léger rire rauque à l'évocation de cette réelle humiliation. Je suis personne pour te dire comment faire ton boulot, alors, mh... J'veux dire... Désolé. »

    Pour ponctuer ses paroles, le jeune homme se trouva soudainement une passion nouvelle pour le sol du magasin qu'il fixa avec embarras, trop peu habitué aux excuses pour voir l'effet qu'elle auraient sur le charmant fleuriste. Et, étrangement, il espérait peut être un peu trop fortement que celui-ci le pardonnerait.



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    Re: Au milieu des roses - ft. Jacob ♥ > le Dim 10 Juin 2018, 20:51
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    Le carrelage blanc défilant lentement sous ses yeux formait un spectacle trop peu captivant pour que le fleuriste parvienne à oublier ce qu'il venait de se passer. Il était pourtant évident que l'avis d'un seul individu de sa clientèle ne devait pas constituer une menace, d'autant que Cóemgen parvenait tout à fait à faire la part des choses : le jeune homme avait formulé des propos inconsistants de façon agressive, rien qu’il ne devait prendre en compte, donc. Peut-être s’agissait-il de la concurrence, un commerçant se sentant en danger et venant simplement critiquer sa marchandise pour se redonner confiance. Ou bien quelqu’un de dérangé, qui, comme il l’avait supposé avant, pouvait avoir besoin de faire souffrir pour se sentir vivre. Le brun massa ses paupières après avoir retiré sa monture pendant quelques instants, afin de faire redescendre la pression. Il avait déjà eu affaire avec des clients difficiles mais cela ne rendait pas de tels moments agréables pour autant.

    Il avait toujours eu peur des répercussions. Stonehaven était une petite ville et une rumeur était si vite formée, un avis si vite forgé qu’il suffisait de quelques personnes à la langue déliée pour tuer son commerce. Le géant Kirktown semblait déjà comme une épée de Damoclès au-dessus de son coucher, Cóemgen n’avait pour se démarquer que la qualité et l’authenticité de ses plantes artisanales sélectionnées chez les meilleurs producteurs à l’attitude responsable voire directement dans sa culture personnelle. Il se démenait pour qu’aucun pesticide n’ait effleuré une seule des feuilles vertes de sa marchandise, pour que le parfum enivrant de ses roses et de ses autres fleurs soit véritable jusqu’à la dernière note. C’était un jeune fleuriste tout aussi attentif à la santé de ses fleurs qu’à leur bien-être et à celui de ceux qui les produisaient, à l’endroit de leur culture, à la saison pendant laquelle elles étaient plantées ; il allait jusqu’à s’assurer que chacun de ses partenaires traitait les plantes avec la même attention. Si certaines de ses belles pouvaient paraître trop parfaites, sans défaut, elles ne l’étaient que grâce à l’amour qu’il leur portait et n’avaient rien d’artificiel. Alors si cet imbécile, à la chevelure mille fois moins naturelle que ses fleurs, osait en dire du mal et questionner leur authenticité, c’était un comble. Comme si le brun pouvait préférer une rose dopée aux produits chimiques à ses propres Papa Meilland.

    Il essuya une larme rageuse le long de sa joue – rien d’alarmant, il craquait souvent de fatigue, d’angoisse, de peur ou de tristesse, c’en était presque une habitude – avant de sursauter quand une main, pourtant douce vint lui retenir l’épaule. Il fit volteface en se dégageant, lui faisant face mais prenant soin de se placer hors de portée de son bras, ce qui au vu de sa taille revenait à s’éloigner d’un bon mètre. Sans un mot, le brun scruta son visage embarrassé. Sans relever ses paroles, bien qu’il les écoutât pour pouvoir y répondre par la suite, il laissa son regard se promener sur ses traits fins, osa détailler le bleu de ses yeux clairs. Son propre visage, tiré par ses émotions négatives et incertaines restait levé vers le sien, bien que son menton soit porté un peu plus haut comme par fierté. Le fleuriste ne parvenait cependant pas à afficher un air supérieur, se contentant d’une moue curieuse d’entendre ce qu’il avait à dire.

    Cela ne le surprit pas qu’il passe au tutoiement, c’était moins formel mais plus personnel entre jeunes gens. La jeunesse, c’était peut-être une des premières choses qui lui venaient à l’esprit en détaillant son visage. L’arrogance mais la légèreté des jeunes gens. La légèreté de dire ce qui lui passe par la tête, d’ignorer une consigne ou encore la légèreté plus mature et si pertinente de savoir tourner à la dérision ses propres défauts ; cette légèreté même dont Cóemgen ne parvenait pas à s’inspirer, lui qui prenait tout beaucoup trop à cœur. Enfin c’est ce qu’il crut y lire dans un premier temps, mais les excuses maladroites du grand tendaient à démontrer que cette légèreté n’était qu’une façade. À présent beaucoup plus penaud, il croyait lire sur ses traits une culpabilité au contraste frappant avec sa précédente impertinence. Il eut beau réfléchir, Cóemgen eut à cet instant un mal fou à lui donner un âge. Jusqu’à quelques minutes avant leur nouvelle conversation, il aurait tapé entre un jeunot plutôt bien développé et un mec de son âge un peu moins mature que lui, mais pour le coup il ne savait plus. Il voyait l’inconscience d’un gamin et la mélancolie d’une vieille âme capable de s’attendrir de l’aspect ravagé d’un pétale percé par la pluie.

    Le brun nota alors que l’homme aux yeux bleus avait réellement, comme il l’avait pressenti, été touché par la singularité des roses en fin de vie. Il ne put que lâcher un soupir, comme témoignant de son abandon, de son acceptation. Il ne savait pas trop encore ce qui était passé par la tête du jeune homme, il ne savait pas s’il devait s’en tenir loin ou s’il pouvait baisser sa garde, si cet homme avait été seulement maladroit ou s’il était vraiment dérangé. Du coup, il ne savait pas trop quoi dire ou faire.

    S’il avait été tout à fait honnête avec lui-même, Cóemgen aurait avoué que si l’homme qui se tenait face à lui n’était pas si jeune et beau, il aurait simplement répondu avec politesse et l’aurait à nouveau congédié de façon plus efficace cette fois. Parce qu’il l’aurait pris pour un dérangé – du moins plus dérangé que lui. En réalité, tandis qu’il esquissait un pas vers le rayon des Papa Meilland en lui faisant signe de le suivre, il lui accordait le bénéfice du doute, pour la simple raison qu’il le trouvait charmant. Touchant aussi. Maladroit, comme il pouvait lui-même l’être. La logique voudrait qu’il lui montre alors qu'il le pardonnait, qu'il tirait un trait sur cet accrochage. Il aurait dû répondre, sincèrement, quitte à lui montrer sa propre maladresse. Il aurait pu s'ouvrir, lui montrer qu'il était touché. Bref, s’il ne se mentait pas et s’il était plus à l’aise, il aurait souri, il aurait participé à cette discussion qui les aurait mené sur un chemin plus amical. Mais à la place, Cóemgen garda son masque impersonnel sur son visage.

    - Suivez-moi, qu’il s’entendit dire finalement, n’abandonnant pas le vouvoiement. Sa façon à lui de se protéger. Cóemgen avait cette tendance à espérer de façon excessive qu'une discussion personnelle évolue en une relation particulière, alors il avait pris l’habitude de se mettre certaines barrières au travail. Il ne se l’avouerait pas. Et je n’en dirais pas plus uiafeouqcudqo.

    Il piocha exactement quatre Papa Meilland dans le bac, un chiffre neutre, sans signification. Déjà qu’il s’apprêtait à lui offrir des roses rouges, mieux valait compter proprement. Il jetait des coups d’œil réguliers vers le jeune homme, sans sourire, comme on surveille un enfant enclin à la bêtise. Sans un mot, il s’empara des ciseaux dans sa poche pour couper les tiges un peu plus court et retirer les épines. Puis il se dirigea à nouveau vers la caisse, comme un automate. Il saisit un vase très simple, presque un gros verre, sur une étagère derrière la caisse et y mit les roses.

    - Demain, elles seront mortes, dit-il abruptement.

    Il remplit lentement le vase avec un peu d’eau avant de le poser sur le comptoir (cf l'image ci-dessus), juste devant le jeune homme, puis de le regarder. Appuyé de ses deux mains sur la table, il ne dit toujours pas un mot de plus. Il avait conscience que son comportement était difficile à appréhender mais il ne se sentait pas le courage d’être plus expressif.
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    Re: Au milieu des roses - ft. Jacob ♥ > le Lun 11 Juin 2018, 15:02
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    Jacob avait obéit sans chercher à comprendre, il avait suivi le fleuriste dès lors que celui-ci lui avait intimé l’autorisation de le rejoindre autour du vrac de Papa Meilland. Et en fait, il se taperait bien la tête contre les murs pour avoir agi si docilement si seulement il ne se sentait pas aussi soulagé à l’idée que le brun, sans pour autant accueillir ses excuses à bras ouverts, avait apparemment décidé de poursuivre un échange courtois sans revenir sur les précédents évènements. En un sens, il avait réussi à se faire pardonner… non ?

    Le jeune infirmier était doué pour soulager les douleurs matérielles, les blessures physiques et tout ce qui présentait plus ou moins de symptômes repérables, mais il avait un mal fou à décrypter le comportement humain. A croire qu’il ne l’était pas lui-même. Alors il se fiait à son instinct plus qu’aux codes sociaux qui réglaient implicitement la plupart des comportements, prétextant que c’était plus sûr.
    Mais il finissait par merder de toute façon.

    Avec le jeune fleuriste, la tâche semblait deux fois plus ardue qu’elle ne l’avait jamais été. Jacob avait froncé les sourcils à s’en créer des rides, son regard allant du jeune homme aux roses qu’il coupait minutieusement. Il avait énuméré mentalement la liste des raisons qui auraient pu nourrir un tel agissement, mais rien n’était venu. Alors il s’était contenté de détailler les gestes du brun, une mine profondément curieuse peinte sur son minois, taisant ses nombreux questionnements.


    Il s’était ensuite posté de l’autre côté du comptoir, là où le fleuriste lui faisait face, poursuivant cet étrange manège que Jacob s’évertuait à comprendre. Il ne comprit pas ce qui poussa le gérant à se saisir d’un petit vase qu’il posa entre eux d’eux, comme une barrière à toute éventuelle proximité – mais quelle délicate et fragile barrière. Il ne sut pas non plus comment interpréter sa dernière phrase, mais n’y accorda pas plus d’importance qu’une information lancée au hasard pour poursuivre une conversation des plus impersonnelles, et Jacob s’en contenta. Il était presque soulagé de constater la retenue polie et le sérieux du brun, qui n’avait apparemment pas jugé bon de revenir sur les aveux embarrassants qu’il lui avait fait. Il lui était reconnaissant de ne pas avoir creusé la piste du client au cœur et à l’esprit dérangé, qui s’extasiait bêtement sur ses fleurs et ce qu’elles pouvaient représenter.
    Maintenant, il pouvait emprunter la piste plus sécurisante d’une discussion qui n’évoquerait pas  ses faiblesses.

    Alors que l'autre prenait une posture plus statique, ses bras fins tendus sur le plan de travail, Jacob pris quelques secondes pour détailler son visage avec l’espoir de saisir les intentions du fleuriste. Il ne saurait dire si celui-ci était particulièrement ravi d’être ici à cet instant, néanmoins il lui paraissait moins maussade qu’auparavant. Jacob le trouvait fermé, mais pas inaccessible, et c'était sûrement un bon départ.
    Le jeune homme arborait une mine indéchiffrable qui ne laissait pas une vague se former sur son visage lisse. Pas un soubresaut de ses sourcils, droits et bien rangés, ni même un pincement de lèvres – ces mêmes lèvres sublimement rosées, sur lesquelles Jacob laissa traîner ses yeux une seconde de trop – ne lui donnèrent d’indication sur l’humeur du gérant de la boutique. Il eut l’espoir que ses grands yeux seraient plus lisibles, puisque l’on disait qu’ils étaient le miroir de l’âme, mais l’infirmier n’y rencontra que deux billes d’un vert abyssal qui le regardaient droitement, sans une once d’animosité toutefois.  

    Bien, il devrait donc utiliser les mots pour saisir le fond de sa pensée, lui qui se pensait incapable de les manier.

    — Alors comme ça, finalement, tu suis mes conseils ? Jacob ricana, gentiment cette fois. C’est exactement comme ça que je les voyais.

    Il posa un regard énigmatique sur les quatre roses, rassemblées dans un modeste récipient.
    Il voulait réellement déposer les armes, s’octroyer quelques instants de répit où il ne serait ni un infirmier, certes doué mais un peu trop frustré de s’être refusé à la carrière de médecin, ni même un goujat de première qui brisait tout ce qu’il touchait. Ici, il pouvait peut-être être juste… curieux.

    Il poursuivit d’une voix à moitié avouée, comme si une part de lui refusait toujours de laisser le champ libre à une émotivité qui l’avait pourtant toujours caractérisé, d'aussi loin qu'il se souvenait.

    —Elles sont plus libres comme ça, et on ne voit qu’elles. C’est parfait.

    Jacob sentait que les traits de son visage se détendaient légèrement, sans réellement savoir pourquoi. Il mit ceci sur le calme ambiant du lieu, propre à l’abandon de soi, et peut-être aussi sur la présence du jeune fleuriste qui ne semblait pas vouloir le juger.
    Chose encore plus étrange, Jacob s’autorisa à sourire. L’étirement de ses lèvres n’avait rien d’euphorique, mais le voir était si rare que cela pourrait s'y apparenter. En fait, Jacob avait tout bonnement perdu cette habitude, et il n’y avait désormais que les mimiques plus ou moins chaleureuses qu’il servait à ses patients. Là seulement, il n’était plus froid, distant, et affreusement grossier. Il avait même des yeux rassurants, cette manière de paraître sûr de lui qui rassurait les malades dont il s’occupait – il n’avait pas besoin de leur présenter un sourire factice qu’il n’aimait guère.

    Mais là, ses lèvres formaient une courbe timide, soulevées par le simple fait d’une spontanéité retrouvée, et cela lui fit plus plaisir qu’il ne l’aurait imaginé.

    — Enfin, pour c’que j’en sais ! C’est toi le pro hein.

    Il balaya d’une revers de main étourdi ses remarques précédentes sur la beauté des quatre roses, n’osant pas imposer son avis à quelqu’un qui avait visiblement travaillé plus dur pour obtenir le droit de choisir ses compositions en toute connaissance de cause. Jacob laissa alors passivement son sourire retomber en une expression presque amusée, qui laissait tout de même entrevoir le vestige de son accalmie.

    — Oh, au fait, tu aurais quelque chose pour soigner ça ?  il montra sa paume au creux de laquelle une mince plaie demeurait ensanglée, puis il eut rapidement la décence d’expliquer sa demande avant de laisser le brun se sentir responsable d’une quelconque douleur. C’est trois fois rien hein, c’est juste que je m’en voudrais de dégueulasser ta boutique. Elle est très jolie.

    Jacob s’étonna une seconde de la douceur de sa voix au point où l’entendre ainsi lui donnait presque l’impression d’écouter un étranger parler. Bien que son timbre était naturellement rauque, il avait prononcé ces quelques mots de façon à préserver le jeune fleuriste de son ton hargneux, supposant que ce dernier l’avait probablement assez entendu pour aujourd’hui, et peut-être même assez pour toute une vie.



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    Re: Au milieu des roses - ft. Jacob ♥ > le Lun 11 Juin 2018, 21:57
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    Cóemgen avait réellement apprécié le silence du jeune homme. Pendant tout le temps où il préparait le bouquet, il avait prié pour que son client ne pipe mot, pour qu'il se taise. Parce qu'il avait besoin de calme pour se concentrer, il avait besoin de silence pour se recentrer sur son devoir : celui de répondre au mieux à sa requête. Même s'il n'avait pas réellement formulé de demande, il préférait en inventer une et la réaliser consciencieusement plutôt que de tenter une conversation sans fondements. Aussi, en voyant son air curieux et son incompréhension, voyant que de ses lèvres ne sortaient aucune question, il était soulagé. Peut-être que les regards neutres qu'il lui lança à plusieurs reprises ne l'avaient pas motivé à tenter d'autres paroles maladroites. Le brun préférait de loin un silence patient à un échange qui tournait en rond.

    Une fois la maigre composition formée, qui n'avait pour mérite que de refléter avec simplicité la beauté passée des roses, il eut tout le loisir de promener son regard sur le visage du jeune homme. Le comptoir était fin, la pièce claire, il le voyait de près. Il observa surtout ses yeux et ses cheveux. Quelle couleur. Un bleu si clair, si vif. Le brun, s'il était fasciné par la couleur de ses yeux - il espérait de tout son cœur qu'ils soient naturellement d'un tel bleu - se montrait plus réservé sur la couleur de ses cheveux. Cóemgen avait toujours de loin préféré le naturel au superficiel et il se demandait quelle beauté pouvait bien se dissimuler derrière une couleur aussi criarde. Non pas que cela soit réellement inesthétique, mais il était curieux de savoir. Il aurait été curieux de le voir aussi, dans un autre contexte. Tandis qu'il reportait son regard sur ses yeux profonds, il se rendit compte qu'eux aussi fixaient son visage. Cóemgen en rosit instantanément, paniquant presque en remarquant que son client portait une intention particulière aux alentours de sa bouche. Il remonta rapidement le fil de sa matinée pour essayer de se souvenir s'il s'était bien brossé les dents - à priori oui, c'était quelque chose qu'il oubliait rarement. Il n'avait strictement rien mangé ce midi, tout au plus il avait grignoté quelques carreaux de chocolat noir, aussi il était rassuré de ne pas avoir de morceaux coincés entre ses dents. Quelle honte, autrement. Profitant d'un petit éternuement, adroitement feinté, il attrapa un mouchoir dans la boîte qui traînait près de sa caisse avant de se moucher et d'essuyer discrètement tout ce qui pouvait l'être sur le bas de son visage. Un bouton peut-être ? Des mois qu'il n'en avait plus, cela aurait été vraiment bête qu'il y en ait un qui se soit pointé dans la journée. Gêné, il garda son menton cette fois un peu plus bas, moins fier et moins droit.

    Le petit ricanement que son client poussa alors ferma un peu plus le visage de Cóemgen. Il fallait dire que le fleuriste était particulièrement susceptible et rien qu'un petit rire, même nerveux, le faisait se sentir agressé. Il fixa le bouquet avec dureté, le trouvant tout de même juste, en accord avec ses idées du moment. Puis il fixa à nouveau ses yeux bleus, essayant d'ignorer au maximum ses paroles. Il n'avait pas à porter de jugement, effectivement. Qu'est-ce qu'il y connaissait ? Cóemgen le trouvait à nouveau arrogant et il détestait le fait d'alterner depuis son arrivée entre la curiosité, l'attirance, la déception et l'amertume. Son sourire, détail nouveau sur son visage, l'agaça autant qu'il l'intrigua et il se surprit à sourire lui aussi.

    Ce sourire, il le garda une demie-seconde avant de s’efforcer à l'effacer aussitôt. Ce n'était pas un sourire poli ou cordial, il avait senti un côté s'étirer plus que l'autre. Un demi-sourire en coin qu'il regretta, il ne faisait jamais ça, du moins à sa connaissance. Qu'est-ce qui lui prenait ? L'inconnu lui plaisait-il à ce point alors qu'il était impoli et qu'il ne faisait qu'enchaîner les gaffes depuis son arrivée ?

    L'éclat de rouge sur la main du jeune homme le soulagea de sa tourmente et il lui attrapa les doigts dans un geste doux, presque habitué. Il ausculta sa paume dans un silence avant de le lâcher. Une éraflure. Il hocha la tête.

    - J'ai une trousse à pharmacie par ici.

    Un placard sur le mur, blanc, contenait une petite trousse blanche également. Il la sortit et l'ouvrit avant d'afficher une mine embêtée.

    - J'avoue que j'ai plus l'habitude de soigner des plantes. Je ne sais pas me servir de tout ça... Il désignait la boîte d'une main tendue. Il fouilla rapidement sans savoir quoi chercher. Il doit y avoir du désinfectant, non ?

    Il percuta seulement un instant après que c'était probablement lui qui lui avait ouvert la main avec la rose et sa main chercha à nouveau celle du client.

    - Attendez. Il reconnu vaguement une éraflure d'épine en jetant un nouveau coup d’œil à sa plaie. Son ton s’adoucit et il baissa le regard, croisant les bras sur son torse. C'est moi, je suis désolé.

    Il s'en voulait réellement. Toucher, surtout pour blesser, le corps d'un client était dans la plupart des professions une faute considérée comme relativement grave. Il alla se cacher derrière son comptoir, s'installant sur son tabouret, les coudes appuyés sur le bois et la tête fichée entre ses mains. Il le regardait, une moue insatisfaite clouée sur son visage. Il aurait bien fait quelque chose pour l'aider mais il ne voyait pas quoi, à part lui conseiller de rentrer chez lui pour se soigner. Un vrai fiasco.
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    Re: Au milieu des roses - ft. Jacob ♥ > le Mer 13 Juin 2018, 02:48
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    Au milieu des rosesft. Cóemgen


    Jacob remarquait que le fleuriste semblait être une de ces personnes secrètes et plutôt difficiles à suivre, un esprit aussi subtil que complexe. Il était persuadé que l’homme qu’il avait en face de lui était bien plus que ce qu'il ne laissait voir, et le jeune homme à la chevelure bleuté se félicita un instant d’avoir pris le temps de lui accorder un vrai regard. Il n’arrivait pas à déchiffrer les gestes du brun, néanmoins il savait qu’ils cachaient plus que de simples automatismes professionnels, et avait même sentit que certains de ses coups d’œil étaient plus curieux que ceux que l’on réservait à un client lambda. Mais ceux-ci, Jacob ne savait pas s’il devait les interpréter comme un intérêt dissimulé, ou comme une envie contenue de le foutre dehors.
    Puisqu’il avait étrangement envie de comprendre ce type, il opta pour la première option. Et s’il se trompait, cela n’affectera pas plus sa fierté – il n’en avait plus vraiment.

    De plus, il aurait parié avoir aperçu l’ombre d’un sourire – ou d’une quelconque expression semblable qui impliquerait ne serait-ce qu’une once de positivité sur son joli visage. Alors, Jacob n'avait sut réellement s’en réjouir, ayant déjà observé les différents éclats d’émotions qui venaient altérer par moment le vert des pupilles du fleuriste. En fait, ce fut si prompt qu’il cru avoir rêvé une réponse à son mince sourire, mais quelque chose s’était effectivement produit. S’il avait fallu poser des mots sur l’atmosphère, on aurait dit qu’une sorte d’osmose entre deux hommes un peu cabossés, et qui partageaient vraisemblablement la même méfiance envers tout ce qui ressemblait à un être humain, s’était manifestée aussi vite qu’elle s’était évanouie, vite rattrapée par un besoin viscéral de contrôle sur ses émotions, et avait été si brève qu’elle semblait maintenant chimérique.
    Jacob l’avait perçue et demeura un instant persuadé de sentir encore les vestiges de leur frêle ébauche de complicité. C’était éphémère et sûrement voué à ne jamais se reproduire selon l’infirmier, mais c’était là. Et partager un sourire, même une fraction de seconde, avec ce fleuriste un peu spécial, lui avait insufflé une bouffée énergie toute particulière.

    Si particulière que l’homme aux cheveux bleus n’avait pas repoussé sèchement la main du gérant sur son poignet comme il l’aurait habituellement fait. Si Jacob était parfaitement habitué au touché de ses mains sur le corps de ses patients, il supportait rarement la situation inverse. C’était une intolérance étrange aux autres qu'il avait développé avec le temps, mais qui n’était en aucun cas nourrit par du mépris ou une quelconque méchanceté. Seulement, Jacob estimait qu’il n’avait que trop bénéficié de l’aide d’autrui au cours de sa propre vie, se reposant parfois entièrement sur des épaules plus frêles que les siennes. Il refusait de se voir dépendant de quelqu’un une fois encore, ayant conscience du poids qu’il pouvait représenter. La peur panique qu’il ressentait à l’idée de voir ce scénario terrible se reproduire lui glaçait le sang, et le rendait parfois imbuvable au point de rejeter injustement quiconque s’approcherait trop près. Depuis, il mettait un point d’honneur à être celui qui supporterait les autres, même s'il ne s'agissait que d'un soutien médical.
    Jacob se retint de fronçer les sourcils devant cette nouvelle preuve de la singularité du jeune homme aux fleurs, celui dont il ne savait rien si ce n’est une sensibilité non dissimulée, mais qui pouvait apparemment saisir sa main sans que son corps ne rejette automatiquement ce contact.

    Mais le jeune homme se repris bien vite. Il n’y avait là rien d’indécent si ce n’est un homme qui observait l’étendue des blessures sur la paume d’un autre – et au vue de l’état de celle-ci, son constat ne devait pas être alarmant. Jacob savait qu’il n’y avait aucune gravité à la chose, mais comme il le lui avait expliqué, il ne souhaitait pas être de nouveau un trop grand dérangement pour le fleuriste.
    Or la réaction de ce dernier lui prouvait qu’il échouait visiblement toujours aussi lamentablement. Jacob se maudit en constatant la mine maussade de son interlocuteur, qui baissait le menton en réalisant qu’il était le malheureux déclencheur de cet incident toutefois ridiculement minime. Il prononça des excuses confuses avant de s’asseoir à son poste, derrière le comptoir, la tête bordée par ses grandes mains.

    — Eh merde. jura Jacob à voix basse. ’suis vraiment trop con.

    L’émotion que Jacob avait lue sur le visage du jeune brun, il ne l’avait que trop côtoyée. Cette culpabilité vorace avait même été la principale locataire de son esprit pendant longtemps, engloutissant toute volonté de se pardonner, anesthésiant son cœur en guise de repentance. Aujourd’hui, Jacob demeurait certes hanté par ses remords mais parvenait à s’en détacher parfois, dans des jours comme celui-ci, lors de rencontres, aussi déroutantes soient-elles, comme celle du fleuriste. Ce même homme qu’il avait lui-même mis mal à l’aise, et qui ne méritait nullement de traverser ne serait-ce qu’une expression de la culpabilité qui l’avait lui-même tant fait souffrir.
    Il devait vraiment réparer ça.


    L’infirmier se saisit de l'essentiel à pharmacie que le brun lui avait soumis quelques instants plus tôt, se rappelant avec quel embarras celui-ci avait abordé la question des soins à la personne. Jacob avait presque trouvé cela attendrissant, du haut de son poste d’infirmier.
    Il en sortit le nécessaire en une fraction de seconde, ses yeux n’ayant pas hésité devant les quelques produits basiques que la petite boîte contenait. Il y avait le nécessaire, rien sur lequel le jeune homme ait pu avoir le moindre doute. Il déposa un flacon d’alcool médicalement dosé et un petit tas de compresses près de lui, avant d’avancer son visage vers celui, toujours muet, du fleuriste. Dans un élan de compassion, il posa ses avants bras sur le plat de la table.
    Il parlait d’une voix calme et conciliante, tel que l’on parlerait à un enfant têtu que l’on voudrait convaincre – et cette pensée amusa Jacob, lui a qui l’on reprochait souvent son immaturité.

    — Eh, ca va, je t’assure. Jacob pencha légèrement la tête sur le côté, comme pour s’assurer de l’attention qu'il lui accordait. C’est qu’une minuscule égratignure. Et en plus, je l’avais mérité, je crois.

    Puis, il coula un regard qu’il espérait bienveillant sur le gérant de la boutique toujours dépité, maintenant tout de même une distance respectueuse entre leurs visages, avant d’orienter son regard sur les roses. Il eut soudain une idée, que son envie de faire oublier ses pensées clairement négatives au brun ne lui laissa pas le temps d’analyser.

    — Tu sais quoi ? En fait, tu n’as rien fait du tout.

    Le tout se déroula très vite. En une seconde, l’immense main de Jacob se dirigeait vers les quelques fleurs rassemblées dans le vase. La suivante, son pouce et son index venaient enserrer la tige avec légèreté, et avec une infime pression, l’infirmier fit délibérément se rencontrer la pointe d’une épine avec la chair tendre de son doigt. Une petite larme d’un rouge aussi vif que les pétales des roses roula le long de celui-ci. Finalement, il reporta son regard sur le fleuriste – qui devait dès lors le prendre pour un échappé d’asile -, sans qu’aucune douleur ne perce ses pupilles azur. A la place, seule une certaine détermination à convaincre le brun de son innocence habitait ses yeux clairs.

    — Tu vois, c’était vraiment rien. On n’a qu’à dire que c’était moi.

    D’un geste rapide et contrôlé, il appliqua l’antiseptique sur les deux infimes plaies avant d’effacer toute trace qui rougissait encore sa peau ivoiré. Dès lors qu’il avait arrêté les saignements avec les compresses, ses mains retrouvèrent leur blancheur satiné.

    Il haussa les épaules, soulignant de ce fait le caractère anodin de ses gestes. Il espérait que le brun arrêterait de s’en vouloir s’il prouvait à celui-ci que la morsure d’une rose épineuse n’avait rien de dramatique, préférant même que celui-ci rit de sa bêtise et de son inconscience, si cela pouvait le soulager. Tout, sauf cette mine déconfite sur son visage si jeune.

    — Crois-moi, c’est bien mon genre de me piquer avec la moindre belle rose que je vois.

    Sur le coup, Jacob ne remarqua pas le double sens que la phrase qu’il n’avait pas réfléchie avant de prononcer impliquait - il s’en rendrait sûrement compte après coup, et rougirait alors terriblement si le brun venait à le comprendre avant lui. Mais d'ici là, le bleu de ses iris rencontraient le vert chatoyant de l'autre, avec toute l'honnêteté dont Jacob était capable.



    ima bad bitchhh
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