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Mains. ▬ Cóemgen.



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    Mains. ▬ Cóemgen. > le Dim 10 Juin 2018, 18:13
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    C'était l'un des pubs les plus isolés qu'il connaissait.
    The Trusty Feire avait été arraché au XVIIIème siècle et aux fantasmes romantiques pour être exposé aux regards barbares comme phénomène sauvage. À force d'être considéré comme tel, il avait fini par le devenir ; lorsque Monsieur, durant l'une de ses premières errances nocturnes, s'y était arrêté, le gros barbu du comptoir avait refusé de le servir - le bar était vide, deux pèlerins assis autour d'une table, deux scots oubliés par le temps, vide. Seul le fredonnement enroué de Auld Lang Syne avait apaisé le feu qui l'animait. Il lui avait alors servi un whisky sans lui demander son avis.
    Depuis il voyait le pub ouvert les après-midi ensoleillés, bordé de salons de jardin poussiéreux monopolisant une bonne partie de la place qui faisait face à la ridicule petite plage de sable qui longeait le ponton, une vieille glacière électrique branchée comme faire se peut pour attirer les touristes. Un noble établissement orphelin et muté en blague.

    Ils étaient plus nombreux, ce soir-là. Les deux pèlerins, un jeune homme,au comptoir, l'attention déjà bien atrophiée par l'alcool, un banc de touristes profitant de leur soirée, un prof en guenilles corrigeant sans verve des papiers sans ambition. Il s'était dit qu'en ne lâchant le style sous aucun prétexte, le labeur finirait plus vite ; aussi la surface du bourbon était aussi lisse qu'à marée haute. Seul venait en perturber le calme le bout du stylo qu'il y plongeait parfois, excusant cette affreuse manie qu'il avait de toujours le porter à la bouche.
    C'est le pauvre hère du comptoir qui, lorsqu'il fit mine de se lever, lui rappela l'heure à son poignet. Tard, trop tard pour espérer passer une nuit au calme ; ça lui allait, le pub aimait veiller et la mer du Nord n'avait pas d'horaires. Le jeune homme, qu'il jugeait du coin de l’œil, n'avait cependant pas l'air de cet avis. Il titubait vers la sortie, chercha à tâtons la poignée, laissa contre le verre coloré de la porte son souffle confus et s'enfuit d'un pas sonore. Monsieur, soucieux du gaspillage, finit son verre d'un trait, rangea méthodiquement ses copies dans une pochette qu'il glissa poliment dans son cartable de cuir, enjoignit le gros barbu derrière le bar de lui offrit un verre d'eau, sentant poindre des maux de tête, et vint ajouter sur le carreau de la porte une silhouette de main tremblante.

    Bien sûr qu'il était là, affaissé contre le mur d'il ne savait trop quelle bâtisse en grès, comme exactement toutes les bâtisses de Stonehaven ; bien sûr qu'il avait déjà rendu ce qu'il pouvait rendre, trop généreux, trop honnête pour garder pour lui ce qu'il avait sur le coeur. Il avait la tête basse et ne pouvait pas le voir. A priori.

    - Ca va aller.

    Il aurait probablement été plus convaincu en soutenant à des mioches que le Père Noël existait. L'idée qu'il puisse aller mieux ce soir lui semblait tout à fait absurde. Il le lui tendit, pour l'amour de l'humanité.

    - De l'eau. Sans GHB.

    Sait-on jamais.
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    Re: Mains. ▬ Cóemgen. > le Lun 11 Juin 2018, 20:40
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    Cóemgen n'avait pas eu l'envie de danser ce soir-là. Pour de multiples soirées, cette passion pour le déhanchement frénétique lui avait servi de prétexte. L'ennui et la solitude le prennaient aux tripes au crépuscule de ses journées passées à l'Antre des Roses et, plus que la danse, c'était en réalité l'espoir de faire des rencontres qui le menait systématiquement jusqu'aux bars les plus fréquentés. L'échec qui soldait cette intention était tout aussi systématique : le fleuriste avait beau faire tous les efforts du monde pour se faire des amis, il finissait toujours le nez sur le trottoir d'avoir trop bu. Au départ il buvait d'ennui, pour se donner du courage ou pour se mettre dans l'ambiance dépravée d'une soirée, mais de plus en plus il buvait de désespoir, de chagrin et d'abandon. Ce soir-là, le jeune homme ne s'était même pas donné la peine de feindre l'effort, il avait filé directement dans les bars les moins fréquentés de la plage, passant discrètement de l'un à l'autre lorsqu'on refusait de lui servir un verre de plus.

    C'est au Trusty Feire qu'il achevait son escapade cette fois-ci, plusieurs verres de rhum et de whisky dans le bide, avec lesquels il ne tarda pas à tapisser le bitume. Il avait eut la présence d'esprit de sortir du bar cette fois-ci, ce qui n'était pas toujours le cas. La faute à l'absence d'euphorie qui le rendait beaucoup trop conscient de son état. La musique, le monde, l'obscurité zébrée de rayons colorés, autant d'éléments qui lui manquaient pour ressentir une fièvre joyeuse, le plongeant impitoyablement dans une ivresse nauséeuse et triste. Pourtant le fleuriste savait bien que cet état-là était celui où il était le plus dangereux pour lui-même, où un tour sur la roche des falaises léchées par les vagues ou sur le bord d'un pont lui semblait être une attraction divertissante. Il en était arrivé à un point où il admettait - du moins intérieurement - qu'il mettait régulièrement sa vie en jeu.

    Alors qu'il était encore penché au-dessus de son oeuvre, le brun perçut la voix claire, troublant le grondement des vagues qui engourdissait ses oreilles. Il lui fallu plusieurs secondes pour se retourner et poser un regard vague sur la silhouette qui se trouvait en face de lui. D'autres longs instants lui furent nécessaires pour décrypter ses paroles, prononcées pourtant avec un accent qui lui était familier, et finalement refuser le verre qu'il lui tendait.

    - Mmh, non... merci, marmonna-t-il dans un français mordu par l'alcool, se retournant et tentant d'avancer en longeant le mur.

    En réalité, il aurait vraiment apprécié tremper ses lèvres dans de l'eau fraîche, en boire une gorgée, s'y baigner même. Mais la précision que l'homme avait faite "sans GHB" lui avait rappelé qu'il ne fallait pas accepter la boisson de n'importe qui. Il leva un bras mou, adressé à l'homme dans son dos.

    - Mais c'est gentil. Nice. Vraiment.

    Se décollant du mur, il fit un écart sur le côté, s'apprêtant visiblement à traverser la route. Il était sûr qu'il pouvait se fier à son oreille pour savoir si un véhicule approchait, mais la mer grondait fort et il voyait la lumière tanguer, sans savoir si c'était lui ou les phares d'une automobile. Il s'arrêta sur le bord du trottoir, cherchant déjà l'homme des yeux. S'il devait mourir ce soir, il aimerait que ce ne soit pas écrasé comme une merde sur l'asphalte.

    - Euhm.. I'm sorry. Please... Can you help me ?
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    Re: Mains. ▬ Cóemgen. > le Mar 12 Juin 2018, 05:34
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    Pathétique et déplorable. Voilà qui convenait à leur deux comportements.
    Il fronça les sourcils de mécontentement, bien plus vis-à-vis de lui-même qu'à destination du pauvre égaré. Il ne savait pas ce qu'il fallait attendre, maintenant que son aide avait été écartée, alors lui et son verre tendu restaient là, figés dans une incompréhension scolaire. Le garçon, comme il l'appellerait maintenant qu'il le mépriserait d'avoir contrarié sa nuit, semblait au moins savoir qu'un monde plus sobre existait autour de lui. Au moins n'aurait-il pas à lui courir après pour lui empêcher de finir sous les roues du premier pécore venu.
    Les quelques mots de français sonnèrent dans son esprit comme un point commun presque malsain. Ils ne se connaissaient pas et pourtant ce simple refus, ce refus qui demandait spécifiquement un étranger, le ramena à ses premières soirées francophones. La toute première était à Genève, n'en restait que le vague souvenir d'un bière-pong à partager entre quinze ou vingt imbéciles déjà trop ronds pour se plaindre du peu que deux litres pouvaient être. Ils n'étaient ni à Genève, ni ensemble. Il faisait d'ailleurs bien trop frais pour sortir boire tout seul. Ce con-là devait avoir beaucoup à oublier.
    Comme la route, par exemple.

    En le voyant tituber et rester sur ses jambes par ce qui lui semblait relever du miracle, Monsieur s'approcha. Pas trop près, il n'avait aucune envie qu'il prenne peur et qu'il décide de continuer plus avant ; juste assez pour que, s'il en sentait le besoin, le garçon puisse se rattraper sur quelque chose d'autre que le sol. C'était ce qui lui semblait le plus raisonnable, si l'on oubliait ce verre d'eau dont il ne savait que faire.
    Doucement, presque naturellement, la lumière timorée des lampadaires intimait à l'agneau de ne plus bouger, et l'agneau prit peur.

    - Yes I can. It's fine, don't worry.

    Peut-être était-ce ce regard perdu et vulnérable qui l'avait piégé, toujours était-il que le garçon n'avait plus à craindre de tomber avec un Monsieur comme béquille. Il le tenait par la hanche, anoblit son bras esseulé d'une nuque sur laquelle reposer. Dans le doute, il but l'eau lui-même, mais garda le gobelet dans la main. Il y avait une poubelle juste en face d'eux, il n'irait pas être sale s'il n'y avait pas de danger immédiat - et il n'y en avait plus.
    Bien. Il fallait composer avec un siamois un peu ravagé, à présent.

    - Tu préfères que je parle français ?

    Son accent le trahissait, il était un peu tard ; puis le tutoiement lui avait échappé. Il voulut s'excuser, n'en fit rien. Trop d'informations ne les mèneraient nulle part, autant garder un dialogue simple jusqu'à ce qu'il ait l'air d'aller mieux. Ce n'était pas comme s'il allait pouvoir se formaliser d'un pronom ou d'un autre, de toute façon ; Monsieur comptait dessus.
    Monsieur comptait aussi, mais le gardait terré pour lui, sur son prompt rétablissement. Il n'était, certes, pas le plus tactile des hommes.

    - Où veux-tu aller ? Where do you want to go ?

    Il voulait lui proposer de retourner au Trusty Feire, au chaud, là où il pourrait appeler quelqu'un. C'aurait été probablement la meilleure chose à faire.
    La mer, pourtant, achetait son coeur bien trop facilement.

    - Tu veux t'asseoir dans le sable ?

    C'était la question la plus conne qu'il avait eu le temps d'imaginer.

    Mains | ft. Cóemgen
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    Re: Mains. ▬ Cóemgen. > le Mer 13 Juin 2018, 21:24
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    Le temps semblait s'emballer. Tout allait beaucoup plus vite : son souffle, le mouvement des lumières. Cóemgen ne se souvenait pas qu'autant de phares éclairaient la rue de leurs rayons tournoyants. Sa conscience endormie flairait plus ou moins la supercherie : les lampadaires servaient de signalisation aux ivrognes égarés. Tout allait plus vite car sa question à peine terminée obtint une réponse immédiate et un contact solide ne tarda pas à soutenir ses mouvements incertains. Ses yeux roulèrent comme deux lourdes billes vers le visage de l'inconnu et il souffla, prenant soin de ne pas orienter son haleine certainement nauséabonde vers son visage.

    - Ah, merci.

    Quelque chose dans son esprit s'alarmait, une histoire de bras qui ne devrait pas se trouver sur son corps, mais avait-il vraiment le choix ? Il ignora son envie de repousser cet individu qu'il ne connaissait pas du tout et il s'appuya le moins possible sur lui pour ne pas l'encombrer. Après-tout, c'est lui qui avait quémandé son aide. Mais il s'attendait à une présence seulement, pas un contact. L'inconnu parla trop vite pour qu'il puisse réfléchir à une réponse avant qu'une autre question ne fuse. Il essayait de se concentrer mais les lumières dans le ciel le fascinaient. Une partie de lui, encore une fois, était bien trop consciente de son état tandis que l'autre fantasmait sur les allures poétiques de la nuit. La dualité transparaissait sur son visage, parfois son regard était vague et souriant, la seconde d'après il était lourd et peiné.

    - Toi aussi, tu aimes écouter la mer ? Je suis pathétique, hein ? Dis-le. Tiens, tu parles français ?

    Aucune ponctuation ne venait séparer ses phrases, ses questions n'avaient pas l'air d'en être réellement. Même s'il se sentait ridicule, Cóemgen était soulagé de ne plus être seul. Aussi courte leur rencontre puisse-t-elle être, elle le tenait momentanément loin du gouffre. Il accueillit sa proposition avec un vague sourire, sentant bientôt le bitume prendre la forme changeante et poudreuse du sable. Ce nouveau terrain lui demanda d'avantage d'efforts pour avancer et il finit par s'y écrouler, prenant soin de ne pas emporter l'inconnu dans sa chute. Il ne resta pas assis droit bien longtemps et s'allongea sur le sol, d'abord sur le dos, puis roula enfin sur le côté. Il sentait son estomac encore fragile se plaindre de cette position mais il savait qu'il ne vomirait plus. Il chercha la silhouette à nouveau, craignant déjà de se voir abandonné.

    - Eh, t'es là ? T'en vas pas.

    Il exagérait et il le sentait. Il n'avait pas réellement besoin de lui - surtout l'inconnu ne lui devait rien - et il n'était de toute façon jamais bavard dans cet état. La perspective de rester seul l'effrayait à présent, la mer noire et bruyante à quelques dizaines de mètres de lui semblait vouloir l'absorber. Il décida d'être plus poli pour espérer ne pas l'agacer.

    - Dites, m'sieur. Il allait engager une conversation mais fronça les sourcils. Je vous embête pas, au moins ? Vous faisiez quoi au bar tout à l'heure ? Il se souvint avoir vu une personne lui ressemblant, sans en être tout à fait certain cependant.
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    Re: Mains. ▬ Cóemgen. > le Jeu 14 Juin 2018, 05:42
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    Il n'avait aucune envie d'être là. Un lit l'attendait, quelques rues plus loin ; des escaliers trop raides, une porte d'entrée trop petite, un canapé sur lequel jeter cartable et manteau, clopes et briquet - et, comme si la séparation lui arrachait la peau, un cendrier, sur le maigre rebord de la fenêtre, nid d'amour plus fertile que ses draps. Un lit dans lequel s'abandonner, lire peut-être, égrainer les heures jusqu'à ce qu'il perde patience, penser, beaucoup trop, pleurer sans doute. Il avait à faire, et tout à perdre à louer ses deux bras.
    Il soupira, et probablement qu'il n'avait pas été discret. Il n'avait pas l'air humble en omettant, délibérément, de répondre à son remerciement. La moitié d'homme à son bras avait la poésie d'un astre mourant. Se souvient-on seulement d'être un homme, une fois rendu au ciel ?
    Pour lire dans sa mélancolie et sur ses lèvres, il se pencha souvent vers les reliefs de son profil européen. Un marbre étiolé, peut-être, mais une joliesse délicate et de pure facture. S'il était francophone, il venait sûrement du Nord. Il en avait croisé, des comme ça, aux portes de Rennes.
    Son babille le fatiguait. L'adulte en lui perdit patience.

    - Oui, le Verbe était Dieu. Sa rigueur, son manque de compassion, ils suffisaient à répondre à toutes ses questions assommantes.

    Il était docile en traversant. Le gobelet jeté, sa prise était plus ferme.
    Accompagnant son abandon du mieux qu'il put, il n'empêcha certes pas son camarade d'infortune de s'échouer sur le sable, le laissa à ses émois, l’œil teinté de mépris mais immanquablement paternel. Il réussissait sa terrifiante entreprise à son rythme ; un enfant, il le jurait, les hommes dépossédés de l'intrigue sociale n'étaient que des enfants. À marée basse, les timides remous des vagues nourrissaient leur déboires d'une présence sonore et retirée, un monstre en devenir. Monsieur, dont le cuir du sac avait perdu l'équilibre sur le sable, perdit le sien sur son manteau. La main non loin de l'autre, juste au cas où.

    L'entendre l'appeler lui avait fait mal.

    - Je suis là.

    Sobrement. Haché par un regret qui n'avait plus rien à voir avec le présent.

    - Je corrigeais des copies, je suis enseignant. Ne t'en fais pas, tu ne m'embêtes pas.

    C'était étrangement sincère.
    Nouveau soupir. Ses coudes anguleux sur ses jambes repliées, il quitta des yeux la terrible bête pour en trouver une moins sauvage.

    - Et toi, qu'est-ce que tu faisais tout seul au bar ?

    Peut-être avait-il besoin de parler, pour penser à autre chose qu'à son corps meurtri. Peut-être aurait-il été plus sage de garder son manteau pour le couvrir s'il venait à se sentir mal. Que d'inquiétudes à venir.
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    Re: Mains. ▬ Cóemgen. > le Dim 17 Juin 2018, 19:46
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    L'inconnu ne s'était pas envolé. À présent à peu près stable sur le sable, le brun entreprit silencieusement de nettoyer ses lunettes avant de les chausser à nouveau sur son nez. Si la danse incessante des lumières de la nuit voulait bien lui laisser un peu de répit, il aimerait distinguer enfin le visage de l'autre. En restant calme une poignée de seconde, Cóemgen en observa assez pour être certain que son interlocuteur n'était ni un client, ni plus généralement quelqu'un qu'il avait déjà vu. Cela le rassura, il n'aurait pas assumé de se montrer sous ce jour à une connaissance, professionnelle qui plus est.

    Cóemgen perçut comme une contradiction dans la réponse de l'homme. Comment un professeur pouvait-il ne pas être embêté par un jeune écervelé comme lui entrain de vomir sur le trottoir ? Il devait avoir la même attitude irritante que ses élèves, irresponsables et immatures. Comment ne pas identifier un gamin de 21 ans, au visage aussi lisse et imberbe que celui du brun, à un étudiant ? Il grimaça et se mit à chouiner, trop éméché pour exprimer clairement sa culpabilité.

    - Noooon, c'est pas possible, vous mentez. Forcément que je vous embête...

    Il se tut, le bruit des vagues étouffant légèrement sa voix, évitant à son écho plaintif de résonner dans la nuit. Monsieur le professeur devait le haïr à ce moment précis. Un étudiant complètement bourré qui ne serait pas à l'heure pour aller en classe dans quelques heures.

    - J'étais entrain de... d'oublier mon partiel de la veille. Cóemgen laissa sa phrase en suspens, suffisamment éveillé pour se rendre compte qu'il s'apprêtait à mentir délibérément. Il secoua la tête, ne comprenant pas d'où sortait cette idée saugrenue. Il avait le vague souvenir d'avoir souvent menti à des inconnus, en soirée, pour s'inventer une vie, tenter de dire ce que les gens voulaient entendre. C'était plus simple pour lui de passer pour l'étudiant éméché, fêtant sa jeunesse, que pour le dépressif du coin. Tellement simple de se mêler à la foule en prétendant être exactement comme tous les autres. Parfois il allait jusqu'à oublier qu'il était chagriné à en mourir.

    Mais cela n'avait aucun sens de mentir à présent, l'homme n'en serait que plus agacé s'il passait pour le gamin déglingué. Peut-être comprendrait-il d'avantage l'artisan esseulé. Ses épaules s'affaissèrent et il se roula en boule, sa tête contre les genoux. Il était tout simplement trop fatigué et déjà dans la redescente, il n'avait plus le courage de mentir.

    - J'décompresse... après le boulot.

    Sa phrase paraissait tellement lourde, on eut dit qu'il avait les responsabilité de dix hommes à la fois. Il resta immobile sans un mot avait de sortir son nez pour lui jeter un regard.

    - Vous feriez mieux de rentrer, sûrement. Sauf si vous avez une histoire à me raconter. Il ménagea quelques secondes de silence qui laissèrent le temps à l'idée de cheminer dans son esprit rétréci. J'adore les histoires. Vous connaissez des histoires sur les phares ? Je n'ai jamais lu d'histoire sur un phare, je crois.

    Il avait rapidement passé en revue tous les livres qu'il avait lu et il ne se souvint pas s'être un jour invité dans l'escalier d'un phare.

    - C'est un super décor pour une histoire, vous ne trouvez pas ?
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    Re: Mains. ▬ Cóemgen. > le Jeu 21 Juin 2018, 15:23
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    Le sable abîmait le cuir. Sa paume engloutie par la nature, il n'attraperait rien.
    Pas la plainte traînante, la négative faussement modeste, celle qui refuse pour attirer l'attention - l'enfant, en somme. Il ne lui permettrait pas de goûter la simplicité d'être enfant. Cruel mensonge que cela.
    Une respiration calme répondait à ses hésitations, à l'artifice de sa conversation. Monsieur attendait, parangon de patience à la bienveillance étiolée. Il avait tort, comme souvent : la conscience sociale n'était jamais très loin, il s'en doutait. Il pensait à lui fuyant l'ivresse, savait l'imagination de son crâne anorexique une fois les balbutiements et les trébuchements justifiés par l'abus. Il savait les trésors de fausseté, il savait la duplicité, la facilité de devenir quelqu'un d'autre, la facilité de créer ; reportait son savoir à l'hère tête basse, regard perdu entre ses yeux et la monture de ses lunettes. Ils étaient autrement lucides quand ils en sacrifiaient une partie. Il était trop conscient pour ne pas s'en rendre compte, lui qui cherchait ses mots. Un sourcil roux froncé, cassé par l'aveu. Une attitude lâche, pensait-il peut-être, une attitude trop commune qu'il comprenait. Le poids de sa culpabilité navrante par sa vocation d'être unique - l'humain est fondamentalement égoïste et parle de lui parce que son individualité ne veut pas être modeste. Eh quoi, s'annonçait-il par le Verbe prophète de l'opprimé ? Ils pleuraient tous, le soir venu. Ils étaient tous minables. Ils se détestaient sans doute.

    Il accueillit l'invitation à partir comme un affront. Un affront si grand qu'il ne prit pas la peine d'y répondre.

    - Jules Verne a écrit sur un phare. Virginia Woolf. Alain Damasio. Eric Faye.

    Pas de titres. Il n'enseignait pas en-dehors des heures payées.

    - Ils savaient tous que ce phare avait quelque chose de surnaturel qui expliquait les disparitions de chacun des gardiens qui en avaient pris la responsabilité. Un de plus, un beau jour, c'en était trop pour le maire. Comment convaincre les hommes du village de l'importance économique de ce phare, comment faire comprendre aux veuves la noblesse de pareil métier ? Il avait perdu espoir, lorsqu'il prit la parole et entama l'appel. Ils reconnaissaient tous ne pas connaître le phare, et c'est Rafael qui se porta volontaire pour reprendre la litière du pauvre Joseph, le récent évaporé. Rafael n'avait rien à amener dans le phare : pas de meubles, pas de livres, pas de photos, pas de famille. Il ne savait rien : ni le nom de ses parents, ni le cadeau de l'argent, certainement pas lire. Il savait voir l'écume contre la roche éreintée, les griffes éveuses qui arrachaient le ciel par poignée. Le soir, le premier, il le passa à voir, aveuglé par le contre-jour de l'ampoule énorme et son reflet sur les vitres, cruel panorama ; les suivants, il les sauta, comme ses repas, et s'adonna à la contemplation. Il n'y avait plus que lui et le tonnerre apaisant des vagues qui ne l'aimaient pas et dont les foudres ne pouvaient l'atteindre, haut qu'il était. Il se vit au-delà, avait le temps d'y réfléchir ; il descendait prendre les vivres sur le pas de sa porte, et cette pitoyable matérialité le dégoûtait. Parfois, il avait le vertige en remontant l'escalier en colimaçon, la tête vers le haut. Il y était bien. Il y narguait l'eau. La nuit, très tard, le matin allait poindre ; les nuages étaient trop lourds alors la tempête gronda. Il y vit encore l'écume contre la roche brisée, les griffes éveuses qui arrachaient la pierre du phare tordu, puis les vagues, une, deux, engloutissant la terre de Bretagne comme Charybde les Argonautes ; il ne vit plus l'horizon, sous l'eau. Il ne voyait plus de reflet dans la vitre et ses vivres pourrissaient sans qu'il puisse les voir. On préféra voir le phare détruit.

    La respiration contrariée. Il avait perdu l'habitude, mais il savait qu'il avait gagné le droit de rester.

    - Super, je ne sais pas.
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    Re: Mains. ▬ Cóemgen. > le Dim 24 Juin 2018, 12:54
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    Malgré sa perception du temps distordue et ses sens qui ne fonctionnaient qu'à moitié, le soulârd savait mesurer la rareté des paroles de l'inconnu. Parce que la plupart de ses interventions demeuraient sans réponse voire sans réaction, il avait compris que l'esprit qui partageait sa nuit à présent n'était pas du genre à offrir ses paroles à tout va et surtout pas à un imbécile gagné par l'ivresse. Cóemgen avait toujours été impressionné par ce genre d'âmes, certain que le peu de discours qu'elles tenaient étaient d'or. Aussi, tandis que l'autre avait entamé un récit d'une façon aussi naturelle et fluide, le brun porta sur ses bras tendus son frêle corps devenu trop lourd pour le laisser tomber quelques centimètres plus proche du conteur, afin de ne perdre aucun mot de sa curieuse histoire. Il avait tourné son visage ingénu vers le profil de l'homme, qu'il ne distinguait qu'à contre-jour des phares métalliques qui éclairaient la berge. Son regard était incertain mais ses yeux verts ne quittaient pas les contours sombres de son visage.

    L'histoire vint rapidement voiler sa vision d'un film chimérique, aux couleurs désaturées et sombres comme les profondeurs, dans lequel s'agitaient les vagues et l'écume, menaçant une silhouette aussi insaisissable que celle du conteur. Il voyait le phare et sa lumière aveuglante altérer l'obscurité de la nuit. Les paroles n'étaient pas qu'or, elles étaient obstidienne et diamant. Le brun resta longuement songeur à la fin de la parenthèse, le menton appuyé sur ses genoux, le visage incliné et à présent orienté vers la mer.

    - Merci..., finit-il par souffler, fermant ses paupières un instant avant qu'une petite larme ne s'écrase sur le sable, formant une pellicule friable, ronde et fine comme une lentille, de grains liés par l'eau. Rien d'alarmant à cela, l'histoire n'en était pas plus la cause que la simple présence du professeur et sa bienveillance surprenante. Le garçon était épuisé comme chaque fois qu'il buvait et cela le rendait hypersensible, fragile, le cœur friable comme le sable mouillé.

    La simple idée que quelqu'un puisse se préoccuper de son état à cette heure-ci le touchait. Pour la première fois depuis longtemps, il avait l'impression d'être moins seul. Même si cela ne devait durer qu'une heure ou moins, le brun garderait longtemps le souvenir d'une main tendue dans un moment difficile. Ce souvenir le porterait, la prochaine fois, les prochaines fois, jusqu'à ce qu'il s'évanouisse.

    Sans tourner la tête, ses yeux, plissés d'un regard complice, détaillaient le nez du conteur. Il voulait encore l'entendre, parce qu'il faisait taire la voix qui résonnait parfois trop fort dans sa tête.

    - Tu es enseignant en quoi ? J'ai l'impression que tu aimes beaucoup les histoires aussi. En tous cas, tu as l'air d'aimer en raconter.

    Cóemgen avait éclipsé le vouvoiement, rendu à l'aise par la spontanéité de l'inconnu. Il entoura ses chevilles de ses mains fines, comme pour s'occuper, avant de poser une dernière question, espérant que l'autre, même s'il économisait ses paroles, aurait la politesse de répondre.

    - Et comment puis-je t'appeler ?

    Un sourire creusait ses discrètes fossettes. Il avait l'impression que la fraîcheur de l'air de la plage commençait à dissiper ses vertiges.
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    Re: Mains. ▬ Cóemgen. > le Dim 24 Juin 2018, 17:41
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    Il n'avait jamais aimé attendre dans le silence en compagnie de gens qui n'avaient pas sa confiance. Il était assis, immobile comme aucun être humain ne l'est, l’œil écœuré par le remous tranquille au creux des vagues et de son ventre. Il n'avait pas mangé et sentait ses jambes faiblir ; ça irait, ça allait toujours, il ne regardait déjà plus la mer. Il cueillait plutôt la tige d'une industrielle, magiquement éclose depuis le cuir. Il la tenait entre les lèvres quand on le remercia. Au début, il crût mal comprendre.

    - Pas de quoi, grommela-t-il à sa propre attention, trop absorbé par la quête de son briquet dans l'une des poches du manteau sur lequel il s'était judicieusement assis pour comprendre qu'il s'agissait d'une parole émue. Il ne remarqua rien, ni du regard sage de sa compagnie, ni de la désarmante compagnie de la larme unique. Il remarqua seulement son briquet, finalement trouvé en tâtonnant la poche de son sac dans lequel il le rangeait d'habitude.

    - J'enseigne le français. Enfin, la littérature française, normalement, et je devrais assurer des cours de littérature en langue étrangère plutôt, mais là, c'est surtout du français.

    C'était important de tout préciser, même s'il s'en battrait probablement les couilles.
    Il cogna le mégot de son ongle, faisant choir la cendre parmi les grains de sable, passant une main, rassurante pour lui, le long de son manteau pour lui éviter de brûler. Il ne lui vint pas à l'idée de proposer quoi que ce soit au jeune homme - sûrement l'imaginait-il trop nice pour connaître les ravages du feu. Sûrement aussi manquait-il de politesse.
    Ou peut-être était-ce la redoutable question qui l'avait éloigné de son devoir de chevalier. Aucune révélation, aucun miracle : le vide, toujours le vide et l'avide nécessaire de l'identité de l'homme, comme un graal dont il était en quête. Douloureuse question, plus que l'était le goudron qu'il respirait.

    - Tu peux m'appeler Monsieur. Monsieur c'est bien. Immanquablement antipathique et frustrant. L'absence de sourire convaincrait de renoncer. Et toi ? Comment puis-je t'appeler, et quel est ce boulot duquel tu dois décompresser ?
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    Re: Mains. ▬ Cóemgen. > le Mer 25 Juil 2018, 21:35
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    Alors il avait vu juste. Un sourire étira les lèvres de Cóemgen lorsqu’il apprit que Monsieur – puisqu’il voulait qu’on l’appelle ainsi – était professeur de français. Pour le brun, qui n’avait connu des études que le classique baccalauréat, le français et son enseignant représentaient la littérature à eux seuls. C’était ses professeurs de français, qui, tout au long de son parcours, avaient entretenu son amour des livres. Il avait toujours préféré lire dehors que jouer avec ses camarades, mais c’était un exploit que d’avoir réussi à le tenir loin des jeux vidéo. Cóemgen aurait pu s’y perdre ! Il devait cela à l’un ou l’autre de ses tuteurs, toujours de bons conseils.

    À la place il s’était perdu dans l’alcool. En témoignait son état actuel. Il observait toujours l’homme, le statut et le souvenir de ses anciens professeurs se confondant avec l’affection qu’il éprouvait pour l’inconnu qui l’accompagnait avec altruisme. Peut-être parce que le souvenir de cette forme d’autorité le gardait pudique ou craintif, il n’osa pas quémander une cigarette, alors qu’il fixait le bout de celle qui fumait entre les doigts du professeur avec une certaine fascination. Ou alors avait-il peur d’en demander trop ? Cóemgen finit donc par détourner les yeux pour fixer les vagues. Elles le rendaient moins malade que tout à l’heure. Même si l’odeur de la clope rendait la frustration plus grande encore, il parvînt à l’ignorer. Mieux valait de toute façon qu’il arrête de fumer en soirée. Cela tendait à devenir de plus en plus fréquent.

    L’apparent masque inexpressif de Monsieur ne parût pas gêner le brun, qui sourit à son attention.

    - C’est drôle que tu veuilles qu’on t’appelle Monsieur. Ça fait hyper énigmatique. Mais je comprends que tu ne veuilles pas forcément que je me souvienne de toi demain…

    Qui voudrait s’encombrer d’un boulet pareil ? L’autre avait sûrement peur que sa bonne action soit récompensée d’un ami beaucoup trop collant. Cóemgen n’aurait jamais l’audace de recontacter Monsieur, il en aurait même honte. Néanmoins, il n’insisterait pas. Amusé, il rentra même dans son jeu.

    - Bah alors tu ne peux pas m’appeler Monsieur. Il rit, visiblement fier de sa blague que lui seul pouvait comprendre jusqu’ici. Mais tu ne peux pas m’appeler Madame non plus ! Il sembla perdu un instant avant de souffler. Enfin je ne sais pas… Monsieur ? Pas Monsieur ? Je ne sais plus.

    Son sourire devint comme désolé. Il n’était pas triste, pour une fois.

    - Tu peux m’appeler Allowin ? J’aime bien Allowin.

    Il resta silencieux un moment avant de soupirer.

    - Je suis fleuriste. Tu vas me dire qu’il n’y a pas grand-chose à décompresser, je n’ai pas fait d’études, je n’ai pas d’affaires difficiles, personne à gérer, juste moi, mes plantes et ma banque. Mais c’est déjà pas mal… En réalité… ce n’est pas le boulot qui est difficile, c'est ce qu'il engendre : la solitude.

    Cóemgen s’étonnait d’être aussi sincère soudain. Le pauvre Monsieur allait avoir le droit de rencontrer ses petits problèmes personnels. Il haussa les épaules pour lui-même : qu’importe ? Il ne le reverrait plus.

    - Comment tu fais pour rencontrer des gens, toi ? Parfois j’aimerais être une plante. Elles, elles ne s’encombrent pas de relations sociales. Tu comprends ? Les liens qu’elles lient sont si tangibles…

    Il sembla chercher son regard.

    - Tu me dis si je t’ennuie.
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