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Could you see me among masterpieces ▬ Cóemgen



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    Re: Could you see me among masterpieces ▬ Cóemgen > le Ven 06 Juil 2018, 21:47
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    Jacob avait eu le temps de voir l'embarras prendre possession du visage du fleuriste, mais il avait surtout eu celui de voir le spectacle ravissant de quelques parcelles de peau volées. En fait, ses yeux bleus s'étaient déjà régalés de la vue timide que les entrebâillements du tissus lui offraient lorsque Cóemgen s'en rendit compte.
    Alors même que ce dernier se précipitait maladroitement pour ajuster son vêtement, les lignes du torse qu'il avait aperçu s’incrustaient doucement dans la mémoire friponne du garçon aux cheveux bleus. Désormais, il lui serait sans doute impossible de dissocier le grain de peau si délicat qu'il avait deviné sous cette damnée chemise, ainsi que la promesse de ce torse gracile, au personnage qu'il avait rencontré. Il était même plutôt sûr de rougir la prochaine fois que son regard curieux s'aventurerait à détailler son corps agile, avec le souvenir presque lascif de cette brève vision. Bien que celle-ci ait été fugace et n'eut laissé qu'une vague impression de frustration quand le brun muselait les ouvertures du textile, Jacob avait bien trop d'imagination pour la faire taire.

    Maintenant que le petit français n'était plus si débraillé, il osa un sourire qui arracha l'infirmier à ce qu'il venait de voir. Celui-ci se sentit alors presque honteux de l'orientation de ses pensées vers cette peau si blanche, et qui lui paraissait tout aussi douce, quand le brun balaya la situation d'un léger rire. Un moment, il se demanda si l'homme qu'il voyait ainsi adopter une posture ingénue feignait une telle innocence, mais l'honnêteté de la mélodie qui avait franchi ses lèvres ne mentait pas. Et puis, Jacob était sincèrement persuadé de la candeur du français, au point où il pensait que ces parcelles de son buste qui furent dévoilées n'avaient pu l'être qu'involontairement.
    C'est quand il s'apprêta à lui rendre un sourire demi amusé que l'infirmier se rendit compte que ses dents avaient pris d'assaut sa lèvre inférieure, sûrement depuis qu'il tentait de contenir sa réaction, que l'autre aurait de toute façon trouvée démesurée, voire carrément flippante. Il aurait parié qu'il avait mordu la chair tendre jusqu'à y faire apparaître une marque rougeoyante, mais sa bouche maltraitée s'étira tout de même. Après tout, il ne pouvait pas rester de marbre devant le nouvel amusement qui brillant dans ses yeux verts.


    En avait-t-il vu d’autres ? En réalité, oui, il avait effectivement eu le loisir de partager quelques plaisirs charnels avec toutes sortes d’individus : hommes ou femmes, tous plus ou moins à son goût. Mais une pensée fit tiquer Jacob lorsqu’il arriva à la conclusion qu’aucune de ses conquêtes, aussi indéniablement plaisante qu’elle ait été, n’était en aucun cas comparable au jeune homme dont le regard était si brillant qu’il semblait avoir la fâcheuse manie de lui titiller les tripes. Non, après réflexion, il n’avait définitivement jamais rencontré un tel personnage, qui le charmait sans même s’en donner la peine, ni se rendre compte de ce qu'il pouvait provoquer chez les autres. Il le trouvait naturellement séduisant, et c’est justement ce qui l’inquiétait.
    A l'entente de la dernière phrase du brun, il reprit avec l'air d'un petit garçon piqué au vif, lançant un petit coup d'épaule amical à son compagnon de fortune.

    ▬ Eh, j'en ai pas vu tant que ça en fait.

    En entendant le ton rieur qu'il avait lui-même emprunté, Jacob pensa que n'importe lequel des malheureux qui avait subi ses sauts d'humeur dans le passé n'avait jamais aussi bien su tirer profit de sa bonne humeur. Les pauvres avaient sûrement eu droit à la version tantôt nerveuse et imbuvable, tantôt mortellement pessimiste du jeune homme.
    Ici, il se sentait bien moins étriqué qu'il ne l'était dans l'ambiance oppressante qui régnait dans la galerie, à tenir un rôle tellement piètrement que personne ne pouvait croire une seule seconde qu'il faisait partie de cet univers.


    Il fixa un instant les doigts fins de Cóemgen jouer avec une petite pierre, se demandant quel hasard avait voulu que deux hommes si différents qu'eux deux finissent par partager une soirée ensemble, certes un peu forcés par la tournure d'une soirée dont ils ne voulaient ni l'un ni l'autre. Enfin, c'était probablement là l'excuse que Jacob trouverait pour justifier le plaisir qu'il trouvait en sa compagnie.
    En prime, le jeune fleuriste paru s'intéresser de nouveau à sa morne petite vie - ou du moins avait-il fait l'effort de faire semblant - afin de redonner à leur sorte de relation un semblant de normalité. Il trouva qu'il était définitivement bien plus aimable que lui-même ne réussirait jamais à l'être.

    Jacob, qui avait rangé sa grande paume dès que son regard s'était perdu sur le torse du jeune homme, croisa les bras sur ses genoux dans une position plus quiète, le menton reposant platement sur son avant-bras. Alors qu'il inclinait sa tête de façon à voir le français, il acquiesça doucement.

    ▬ Je bosse à l'hôpital de la ville. On a besoin de quelques fonds pour améliorer le boulot dans certains services, mais c'est un travail plutôt cool. Ca va faire quelques mois que j'suis ici et, crois-moi, ca n'a rien à voir avec le Colorado. Mais j'dois dire que... ça fait du bien. Il orienta ses pupilles azur de façon à se perdre un peu plus dans celles de son interlocuteur. Les gens ont l'air différents, ici.

    En effet, depuis son arrivée, il avait été forcé de constater que tout semblait aller moins vite. Certes, le garçon était toujours aussi entêté et affreusement pressé, mais il commençait à prendre conscience que le reste du monde n'était pas aussi agité que lui. Il n'était pas devenu patient, et ne le serais sûrement jamais, mais il concevait peu à peu que les habitants de ce petit coin de verdure le soient, et il savait qu'il finirait par l'accepter.  Du moins il l'espérait : ses débuts à Stonehaven avaient été compliqués par son rythme de vie décalé et de ses exigences, directement héritées de son quotidien de jeune américain.  
    Néanmoins, il avait dit vrai. Il appréciait réellement cette vie plus calme, et ce malgré son lot de désagréments et de niaiseries civilisées, qui lui rendait plus de service qu'il ne le croyait. Son état s'était grandement amélioré depuis son déménagement, en témoignait la drastique diminution du budget consacré aux médicaments et autres mesures abusivement préventives qu'il prenait pour sa santé depuis qu'il était enfant.

    Mais, il n'aimait pas tellement parler de lui, principalement parce qu'il était convaincu qu'il n'y avait que peu à en dire. C'est cette réflexion qui le poussa à retourner une question au fleuriste : il était curieux de savoir s'il vivait aussi bien son déracinement que lui-même avait fini par le faire.

    ▬ Tu avais aussi une boutique, en France ? Parce qu'on dirait vraiment que t'es genre, né pour ça, tu vois. La main verte ou quelque chose dans le genre. Ou alors, tu es venu ici spécialement pour ça ?

    Il lui sourit gentiment, même si son expression engageante ne suffire à cacher une certaine maladresse dans sa voix qui le rendait presque adorable, alors que son pouce venait titiller le tissus moelleux de son col.
    C'était bien comme ça qu'on faisait connaissance, pas vrai?



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    Re: Could you see me among masterpieces ▬ Cóemgen > le Sam 14 Juil 2018, 00:05
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    Les doigts fins du fleuriste manipulaient toujours délcatement la pierre. Il traçait avec celle-ci des arabesques maladroites et anguleuses sur le bitume, où des traces blanches témoignaient de son passage. Il ne levait plus la tête vers Jacob, parce que le soleil couchant lui brûlait la rétine lorsqu'il levait ses yeux vers le visage incliné du jeune homme. Un instant du moins, ses pupilles vinrent caresser son regard et il bassa vivement les yeux, comme gêné par le soleil. En réalité, ce n'était pas le soleil. Entre les rayons rougeoyants qui encadraient le visage de l'américain, il avait entrevu une lèvre doucement mordue. Dès lors son esquisse sur le sol goudronné devint plus vive, plus saccadée encore. Les lèvres du brun s'étiraient faiblement en un demi-sourire, ses yeux fixaient ses traits blancs et le rose de ses joues mit du temps à s'estomper. À jouer avec son caillou silencieusement en souriant et en fixant le vide, il se serait trouvé bête, il avait l'air d'un autiste, pour sûr. Les dents blanches du jeune homme se plantant dans sa chair rose restait gravé dans sa mémoire avec la même intensité que ses yeux bleus qu'il avait si souvent braqués sur lui. Le jeune brun s'en voulait presque, parce qu'il voyait bien que ce geste-là, tout comme les regards et les sourires que Jacob lui adressait parfois, étaient les mêmes que ceux des belles gueules coureurs de jupons qu'il croisait parfois en soirée, à peu de choses près. Cette même assurance, cette séduction ravageuse. Les signes étaient faciles à voir pour Cóemgen : l'arrogance, l'absence de pudeur, le visage d'ange, le corps d'apollon. Et certainement l'âme de diable qui allait avec.

    Et pourtant, Cóemgen avait envie d'y croire, plus que d'habitude, plus que de raison. Il avait envie de croire à l'honnêteté de l'infirmier quand il disait ne pas avoir vu tant d'hommes que ça. Jacob était d'une spontanéité folle et c'était peut-être cela, en plus du fait que leur rencontre avait été opportune et était survenue dans un cadre sain qui lui donnait envie d'y croire. Après tout, Jacob ne lui avait pas sauté dessus comme certain le faisaient en soirée. Il n'était ni insistant, ni peu subtile. En fait, en réalité, Cóemgen n'avait pas, outre les regards et la lèvre mordue, de réelle raison de penser que Jacob pouvait être intéressé. Mais une fois encore, il se faisait des idées au point de chercher déjà à prévoir d'éventuelles mauvaises intentions. Il ne voulait pas tomber dans les bras de tels dragueurs, même s'ils pouvaient l'écarter de sa solitude un moment, il ne s'en remettrait pas.

    Un léger coup d'épaule vint secouer sa reflexion et alors qu'il portait à nouveau son regard, cette fois complice, vers son voisin, il vit une nouvelle fois tous ses doutes se dissiper. À chaque fois qu'il plantait son regard dans ses yeux azur, ses questionnements naïfs et inutiles s'estompaient au profit d'une curiosité toujours plus grande, d'une envie de le connaître et de passer encore plus de temps avec lui. Ce n'était que la seconde fois qu'il le voyait et peut-être la dernière et pourtant les nombreuses contradictions émanant de Jacob - son élégance et ses gamineries, son arrogance et sa maladresse - le troublaient au point qu'il en oublie les bases. Les feuilles d'un chêne filtrant les derniers rayons, il en profita pour ne plus détacher ses yeux de l'infirmier. Plus il le regardait et plus il oubliait ses doutes, sa condition. L'envie de laisser faire le temps et les choses, de vivre une seule fois une relation pleinement sans tenter d'en analyser chaque tenant amplissait en lui et lorsqu'un qu'un geste ou un regard plus appuyé de l'américain venait torturer doucement ses méninges et ses tripes, il ne voulait pas avoir peur. Pour une fois, il s'apprêtait à lâcher prise.

    La réponse de l'infirmier vint ramener en douceur leur relation dans un chemin moins cabossé et Cóemgen se réjouit de cette accalmie, en profitant pour rebondir sur chacune de ses paroles.

    - C'est vraiment un beau métier que tu fais, Jacob. Je ne savais pas que vous récoltiez des fonds... Le fleuriste passa une main maladroite dans ses cheveux avant de faire une moue embêtée. Promis, j'essayerais de donner quelque chose mais ma contribution risque d'être minime. Je n'ai pas beaucoup d'économie.

    Un petit rire nerveux étira ses lèvres et il en profita pour enchaîner.

    - Je tiens une petite boutique, ce n'est pas facile tous les jours. Pour être tout à fait honnête, c'est même plus difficile qu'à Paris. J'y ai tenu une boutique juste après mes études, le même style qu'ici. Là-bas, mes fleurs plaisaient car elles provenaient de productions responsables. Ici, je ne sais pas si c'est juste une impression, mais je crois que les gens ont moins cette préoccupation, j'ai moins de clientèle qu'à Paris. Il sourit et repris ses arabesques. C'est gentil ce que tu dis. C'est vrai que c'est ma passion, les fleurs.

    Le brun était amusé par l'apparente timidité de l'autre à présent, comme si cette conversation trop banale le gênait plus qu'un discours tenu sur la nudité dans l'art. Pourtant il n'y avait pas plus innocent que leur dernier échange. Jetant le caillou un peu plus loin, Cóemgen se tourna, appuyé d'une épaule sur le mur blanc et tourné vers les yeux bleus du jeune homme.

    - Je vois ce que tu veux dire à propos des gens ici. Ils sont simples, il ne se posent pas autant de questions que les gens de la ville. J'ai l'impression qu'ils vivent à l'écart du monde, ici tout est si tranquille et si vert. Rien ne donne l'envie d'aller vivre ailleurs.

    Un instant, le fleuriste avait cru que la phrase de Jacob lui avait été adressée, que c'était lui que l'infirmier qualifiait de différent. Mais il avait réalisé peu après que lui aussi trouvait Stonehaven spécial.

    - D'ailleurs, tu vis sur Stonehaven ? Il se mordit promptement la lèvre avant de détourner le regard et de poser sa seconde question avant de se défiler. Tu vis seul ?

    Il n'eut pas vraiment le temps de penser à ce qu'il venait de dire qu'un groupe de jeunes gens sortit de la galerie, probablement pour fumer, venant se planter à quelques pas d'eux à peine. Certains leur lançaient des regards curieux. Un peu perturbé par cette intrusion, le brun se leva souplement, se dégourdissant les jambes avant de tendre sa main à Jacob pour l'aider à se relever. Puis il baissa la voix, à l'attention du jeune homme toujours.

    - J'ai besoin de souffler un peu, je n'aime pas trop les bains de foule. Il y a un petit square juste à côté, je vais faire un tour, je pense. Il coula un regard en direction des convives puis, sa voix se faisant plus incertaine, il croisa ses bras sur sa poitrine. Tu veux m'accompagner ? Tes supérieurs ne t'en tiendraient pas rigueur ?
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    Re: Could you see me among masterpieces ▬ Cóemgen > le Jeu 19 Juil 2018, 01:40
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    La première pensée de Jacob lorsque le brun lui promit sa participation, même maigre, à leur levée de fonds, fût que ce dernier était réellement adorable. Pas adorable comme un enfant quémandant une sucette parce qu'il avait été sage - il était même persuadé que Cóemgen ne serait jamais assez capricieux pour ce genre de réclamation -, mais plutôt comme un chaton aux yeux expressifs qu'on rêve de tenir contre soit. Quand il lui répondit, il lui souriait chaleureusement.

    ▬ Ca, c'est vraiment sympa. Puis il est pas seulement question d'argent : avoir le soutien des habitants du coin compte aussi beaucoup pour l'hôpital, alors t'en fais pas, savoir que tu supportes la cause me suffit largement.

    Son regard erra dans le vide un instant tandis qu'il se demandait s'il avait parlé en tant qu'infirmier dévoué à l'évolution et l'amélioration des soins qu'il pourrait prodiguer, ou s'il était simplement lui, Jacob, un petit gars un peu paumé qui trouvait du réconfort dans l'estime que le fleuriste semblait avoir pour lui - ou du moins, pour sa profession. Mais une voix à ses côtés le coupa avant qu'il ne puisse trouver de réponse à sa remise en cause.

    Le jeune homme bu littéralement les paroles de Cóemgen, notant au passage l'éclat passionné qui illuminait le vert de ses yeux lorsqu'il parla. Il sentit lui-même sa curiosité piquée à la seule évocation de Paris, capitale française dans laquelle il n'avait pu passer que quelques jours mais que la beauté avait marqué. Il ne l'avouerai jamais, mais il s'était épris de l'atmosphère romantique émanant de l'enchevêtrement des bâtisses haussmanniennes et des pavés anciens que foulaient des couples énamourés.
    Mais il n'avait pas tiqué, ni exprimé le moindre intérêt particulier à son entente, principalement parce que Jacob ne reconnaîtrai jamais son faible pour les clichés dégoulinants du genre d'une balade au bord de la Seine. De toute manière, qui pourrait croire qu'un sale type comme lui puisse &voir un tel penchant sentimental ?
    Pour se redonner une constance, il haussa simplement les épaules avant de répondre d'une voix grave qui tentait de racheter sa virilité.

    ▬ Je pensais pourtant que t'avais du monde ici.. Regarde, tu couvres même les œuvres de charité, c'est bien que ça marche ! Pour dire ça, tu devais avoir un sacré succès en France.

    Il s'était tut avant de déraper, parce qu'un "J'aurais aimé voir ça" avait failli franchir ses lèvres.


    Alors que le fleuriste posait des mots sur ce qu'il ressentait lui-même à l'égard de cet endroit, Jacob ne pu qu'hocher la tête en signe de profond accord. Il n'était pas très doué avec les mots, et l'autre avait d'ailleurs dit bien plus qu'il n'aurait jamais pu exprimer. L'homme aux cheveux bleus était plus prédisposé à raconter des conneries qu'à parler de ses sentiments, et ce même avec toute la spontanéité et la franchise crue qui faisait de lui cet éternel gamin imprévisible.
    Mais au fond, il était soulagé de voir que Cóemgen partageait ce sentiment de sérénité qu'il avait lui-même découvert lors de son installation à Stonehaven.

    En fait, il avait entamé la volonté de lui indiquer, vaguement certes, la localisation de l'appartement qu'il occupait dans la ville, mais sa bouche demeura entrouverte sans qu'aucun son de la franchisse. Il avait été distrait par l'odeur nauséabonde du tabac qu'on allumait avant même de remarquer la présence de nouveaux visiteurs dans la ruelle. Merde. Déjà? Ses poumons se contractaient méchamment dans sa poitrine, chose qui ne lui était plus arrivé depuis un moment, et une douleur familière rampait doucement de sa cage thoracique à sa gorge. Lui qui n'avait jamais supporté la clope, il constata avec horreur que tous les fumeurs du coin semblaient avoir pris racine près d'eux. Le jeune homme toussota discrètement, tournant son visage à l'opposé de celui de son interlocuteur qui lui faisait justement part de son envie de s'éloigner - et Jacob aurait vivement encouragé l'idée si la fumée grisâtre ne provoquait pas de tel picotements autour de ses cordes vocales.
    Il tenta de garder une expression neutre alors que la pollution atmosphérique le mettait dans tous ses états et qu'il parvenait de moins en moins à respirer, comme étouffant malgré la légère brise qui soulevait quelques unes de ses mèches. Il se releva avec une peine dissimulée, veillant à agir le plus normalement possible, quand la voix de Cóemgen lui parvint de nouveau.

    ▬ Tu veux m'accompagner ? Tes supérieurs ne t'en tiendraient pas rigueur ?, avait-il demandé, et Jacob ne fut pas en état de déterminer si sa demande était teinté d'une politesse de convenance ou d'une réelle envie de poursuivre leurs échanges si particuliers : sa première priorité était d'abord de respirer convenablement.

    Ainsi, il était à peine parvenu à prononcer un "Je" mal assuré que sa voix se perdit, et dès lors tout s’accéléra. L'homme n'avait beau être qu'un petit fleuriste qui, bien que charmant, ne risquerait probablement pas de recroiser sa route, l'infirmier refusait que quiconque le voit si faible, de plus dans un lieu si fréquenté. Il ne concevait pas une seconde expliquer sa pauvre vie d'enfant malade à Cóemgen.
    Et alors que la panique le gagna, il s'éclipsa, incapable de terminer sa phrase sans risquer de dévoiler ses problèmes respiratoires.


    Dès qu'il franchit la baie vitrée pour regagner l'intérieur tamisé de la salle, son dos vint se caler durement contre un mur où il tenta de reprendre son souffle. Il avait voulu lui dire qu'il revenait, mais l'étau dans sa gorge semblait s'être refermé sur ses mots.
    Devant le regard interrogateur que lui lança l'un de ses jeunes collègues de l'autre côté de la pièce, Jacob fronça les sourcils. Ce n'était vraiment pas le moment de lui casser les bonbons.

    Son souffle était toujours irrégulier mais semblait peu à peu se faciliter un chemin dans sa cage thoracique, alors que sa température corporelle ne faisait que grimper. Il se sentit soudainement poisseux et anormalement transpirant, et il pensa cyniquement que s'il n'était pas enceinte et vivait sa première bouffée de chaleur, alors il avait définitivement un problème. En vérité, ce-dit problème n'avait rien de nouveau : la santé fragile du jeune homme s'était nettement améliorée depuis Stonehaven, et les crises comme celles-ci s'étaient raréfiées au point où il avait abandonné d'en rechercher la véritable cause, mais ses rechutes le guettaient toujours quelque part tapies dans l'ombre, lui tombant dessus quand il s'y attendrait le moins.
     
    Il se dirigea d'un pas rapide vers les toilettes pour homme, se jetant presque sur la vasque d'un lavabo marbré dont il ne prit pas la peine d'apprécier l'élégance, pour passer son visage sous l'eau froide. Il fallu quelques minutes au jeune homme pour estomper les perles humides et collantes qui lui dévalaient le visage, ses coudes reposant sur le rebord de la pierre, à maudire cet instant cauchemardesque. Quelques expirations bruyantes plus tard, Jacob sentit le calme reprendre lentement ses droits, et bien que son visage demeurait moite, son premier sursaut alla pour ce mignon garçon, qui le haïrait probablement pour l'avoir laissé en plan de cette manière.  Il devait bouger d'ici.

    Tandis qu'il se frayait le plus prestement possible un chemin parmi les invités et qu'il congédiait nerveusement les serveurs dont il jugeait l'aide inopportune avec quelques mots piquants, une idée lui vint et il attrapa une grande flûte de champagne qui trônait sur le plateau de l'un d'entre eux : finalement, ces pingouins pouvaient peut-être l'aider.



    Une fois dehors, il ne tarda pas à repérer la silhouette du fleuriste qu'il voyait se dessiner un peu plus loin, à quelques pas à peine de lui, et l'appela. Alors que le prénom du jeune homme résonnait doucement dans la nuit tombante, Jacob s'attarda une seconde sur sa carrure et ses épaules légèrement carrées qui se découpaient dans la pénombre, mais qui n'esquissèrent pas le moindre mouvement vers lui.
    L'américain demeura un instant perplexe avant de se décider à franchir lui-même la distance qui les séparaient, celle qu'il avait involontairement imposé entre eux. Il préféra penser que le brun ne l'avait pas délibérément ignoré, ayant à peine relevé sa présence derrière lui, voire peut-être même sa brève absence toute entière, mais plutôt qu'il ne l'avait pas entendu. Après tout, le vacarme des conversations étouffées de l'intérieur était toujours largement audible...

    Ses grandes jambes le rapprochèrent bien vite et sa main libre saisit celle du fleuriste qui reposait sagement le long de son corps. Jacob n'eu pas le temps d'observer s'il avait sursauté et donc n'avait pu prévoir son action, ou s'il s'attendait à cette insistance. Toutefois, il ne pu s'empêcher de remarquer que sa main sur la sienne suivait parfaitement la courbure de la paume du brun, et que la chaleur de la peau de celui-ci gagna immédiatement ses longs doigts, dont l’extrémité demeurait toujours gelée. Il ne su que faire de cette information, mais elle l'inquiétait autant qu'elle lui donnait presque l'envie de sourire. Ce fut cette dernière pensée qui le motiva à défaire sa prise dès que le brun le remarqua enfin.

    L'infirmier vint ensuite se poster devant un Cóemgen indéchiffrable, s'appliquant lui-même à arborer l'air le plus innocent qu'on ne lui avait vu sur le visage. Celui-ci aurait sans doute gardé sur ses traits le souvenir de sa soudaine montée de stress, mais l'obscurité ambiante empêcherait sans doute quiconque de les voir.
    Finalement, son excuse était plausible, et les vestiges de son mal être effacés par l'eau - du moins l'espérait-il.

    ▬ J'étais parti chercher à boire. J'ai supposé que tu pourrais avoir soif, peut-être, enfin... Dit-il en détournant les yeux, avant de brusquement tendre la coupe teintée d'or vers le jeune homme pour couper court aux hésitations qui lui donnaient sûrement l'air penaud. Je te suis, pas de problème avec mes supérieurs.

    S’effaçant légèrement sur le côté, il invita le brun à reprendre son chemin, cette fois en sa compagnie. Jacob laissa un instant les bruits sourds du soir l'envahir comme une douce berceuse qui lui offrait un peu de répit avant de poursuivre sur le ton de la conversation, avec une pointe d'humour dans la voix qui masquerait assurément sa respiration encore partiellement décousue.

    ▬ Alors comme ça, toi non plus, tu supportes pas la foule ? C'est assez marrant, parce que j'avais toujours imaginé que les commerçants étaient férus d’événements mondains, tout ça. A l'approche du petit square promis, Jacob promena son regard sur le lieu, notant surtout sa quiétude, avant de le rendre aux pupilles vertes de son interlocuteur qu'il devinait encore grâce aux éclairages de la ville. Enfin, c'est pas plus mal, on est mieux ici.

    Comme pour ponctuer ses paroles, l'infirmier s'assit sur le premier banc qui croisa son chemin, appuyant le plat de ses mains sur le bois et en profitant pour étendre ses jambes, soulignées par son pantalon de costume gris, devant lui. Il reprit une inspiration discrète, le visage rejeté en arrière et ses iris orientées vers le ciel, avant les ramener vers Cóemgen soudainement ravivées du souvenir de leur conversation précédente.

    ▬ Ah, et pour te répondre... Il lui lança un sourire complice, qui créa de malicieuses ridules au bord de ses yeux azur. Bien entendu, je vis seul. Tu crois vraiment que quelqu'un serait assez barge pour vouloir de moi vingt-quatre heure sur vingt-quatre ?



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