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Elemental Skin



Sienne. ▬ Libre.



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    Sienne. ▬ Libre. > le Jeu 11 Oct 2018, 03:42
    Appelé par l'Air
    Appelé par l'Air
    Messages : 97
    Particules : 82

    Fiche personnage
    Crédit avatar: last morning ▬ lorandesore
    Energie:
    100/100  (100/100)
    Emploi: Professeur de langue française en lycée

    Les pierres sentaient la rouille. Tandis qu'il y avait, la lumière de la lampe-torche d'un téléphone aidant, une ombre auguste étendue trop loin : monstre à l'agonie et au règne pauvre, à la secrète poursuite de musique et de gloire, il mangeait le fer d'abandon et rongeait le sol bétonné peut-être. Il improvisait une visite dans le désert des cauchemars d'enfants, repensait à trop d'images et de textes pour en garder le compte, jetait parfois un timide regard par-dessus son épaule. Les éclats de verre brisé sur lesquels il marchait lui faisaient lever la tête et voir le mordoré du couchant : bientôt un faisceau vert, poétique fugitive, et il n'en serait pas témoin. La ruine était sa seule leçon de beauté.

    Or c'était sa course et sa trombe qui l'avaient privées du ciel de ce soir-là ; il avait senti la vieille ferraille, l'avait dans le sang, alors il avait couru et se retrouvait désormais oracle miteux dans son trench imitation Burberry en nage, son souffle un ronflement asthmatique, ses cheveux lissés de sueur, il avait couru. Les lèvres gercées goûtaient son impulsivité et une curiosité que rien qui soit venu du ciel ou de la terre n'arrivait à justifier. Dans un théâtre construit pour lui, une acoustique déplorable d'être trop vaste et trop seule (chaque pas résonnait jusqu'aux Champs-Elysées et faisait trembler les morts). Il regretta de n'avoir rien à sacrifier à la gloire des héros sinon une édition de poche lamentable des Regrets.

    Certaines marches d'escalier méplates semblaient sans retour. Plus que la lumière qui restait à l'étage, les hauts espaces l'attiraient, intrépide exclu crié comme il s'impose au monde qui l'accueillait. L'envie de vertiges, sans doute. Sa respiration coupée et rauque accompagna chacun des inquiétants grincements. Arrivé en haut, il fallut batailler contre la pierre du briquet pour allumer la pathétique roulée qui traînait au fond d'une de ses poches.
    Un lieu exemplaire pour l'art, et il n'en comprenait pas l'abandon. La machinerie témoin rance du sort odieux, peut-être était-elle destinée à la sidérurgie ou la mécanique. Piteuse suggestion derrière un filtre tâché du sang des lèvres fendues ; il était pur de tout ce qu'il y avait là. Contemplait.
    Le parfum de souffre qu'il semblait inspirer pour le changer en oxygène.
    Les torsions des tôles modelées par les pluies et les vents. La légère empreinte du lierre intrus, infiltré par les brisures des vitres.
    Sa seule respiration tordue, cassée, violentée de décisions au-delà de lui. Dominante au balcon, pleine d'un triomphe alarmant. Le calme, bon pour les divagations pures de l'esprit, se fît. Seul.
    Un bel endroit pour mourir.
    Un être humain siréna dans l'arène. C'était un être humain parce qu'aucun autre animal n'aurait cherché à se taire après avoir fait tant de bruit.

    - Nous sommes trop peu pour ne pas nous entendre.

    Douloureux aveu dont l'écho hante les murs encore un instant. Il était immanquablement épuisé et sa main, rigoureuse emprise sur le métal de la rambarde par-dessus laquelle il ne voyait plus rien, s'affirmait unique raison de ne pas s'effondrer.
    Sienne. | ft. libre


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